Municipales Toulouse 2026 : construire, encadrer ou réquisitionner, le logement départage les candidats

Municipales 2026 à Toulouse : logement, loyers, construction... les programmes comparés

Toulouse - Politique - Hervé Koffel le 24/02/2026

Passage de 43 000 à près de 55 000 ménages en attente d'un logement social en 6 ans dans la métropole, 46 000 logements vacants, 1 500 personnes sans solution d'hébergement suite à une demande au 115 (le numéro d'urgence pour les sans-abris) en décembre 2025 : la crise du logement à Toulouse n'a jamais pesé aussi lourd dans une campagne municipale.

À trois semaines du premier tour, le 15 mars 2026, les candidats à la mairie de la première métropole du Sud-Ouest affichent des réponses radicalement opposées, de la construction massive de logements neufs à Toulouse à l'encadrement des loyers. Avec des loyers qui absorbent jusqu'à 60 % des revenus des ménages les plus modestes, le sujet s'impose comme le marqueur du scrutin. Trois candidats concentrent l'essentiel des intentions de vote, avec des réponses contrastées à ce diagnostic partagé. Tour d'horizon des programmes.

L'essentiel en 5 points :

  1. 54 786 ménages attendaient un logement social dans la grande agglomération toulousaine fin 2024, soit une hausse de 31 % depuis 2019.
  2. Le PLUi-H (Plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat), adopté le 18 décembre 2025, fixe un objectif de 74 000 logements neufs en dix ans, dont 35 % de logements sociaux.
  3. Jean-Luc Moudenc (droite et centre, 33 % d'intentions de vote) mise sur la construction et refuse l'encadrement des loyers.
  4. François Briançon (gauche unie hors LFI, 30 %) promet 15 000 logements à loyer modéré et une expérimentation de l'encadrement des loyers.
  5. François Piquemal (LFI, 23 %) prévoit 24 000 logements sociaux sur le mandat et la réquisition de 100 bâtiments vacants.

Moudenc : construire plutôt que réglementer

Jean-Luc Moudenc, maire sortant depuis 2014, conduit une coalition qui rassemble les Républicains, l'UDI, Horizons, Renaissance, le MoDem et le Parti radical. Le sondage Ifop-Fiducial pour Sud Radio et La Dépêche, réalisé du 9 au 18 février 2026 et publié le 19 février, le crédite de 33 % des intentions de vote au premier tour. Sa ligne est claire : la réponse à la crise passe avant tout par l'augmentation de l'offre.

Son équipe a piloté l'adoption, le 18 décembre 2025, du PLUi-H de Toulouse Métropole. Ce document stratégique, un plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat, prévoit la production de 7 400 logements par an sur dix ans, soit 74 000 au total. La répartition impose 35 % de logements sociaux. Une part de 25 % des logements neufs sera vendue à prix encadré, dans une fourchette de 3 000 à 3 500 € le mètre carré.

Plutôt que d'encadrer les loyers avec des résultats mitigés, on préfère s'attaquer au problème dès la construction, a déclaré Jean-Luc Moudenc.

Le maire sortant écarte donc l'encadrement des loyers, estimé contre-productif pour la construction. Notre chemin est celui de ce qui fonctionne. Nous ne promettons pas des miracles, nous construisons des solutions. Un maire bâtisseur, c'est quelqu'un qui sait qu'on ne fait pas baisser les loyers en écrivant des règles supplémentaires, mais en bâtissant des logements , a précisé dans un communiqué Pierre Esplugas-Labatut, porte-parole de la liste « Protégeons l'avenir ». Le bilan de la rénovation énergétique reste toutefois en deçà des engagements : 4 100 logements rénovés en 2023, contre un objectif affiché de 7 000.

Briançon : loyer modéré et encadrement expérimental

François Briançon conduit la liste « Vivre mieux », union de la gauche hors La France insoumise. Cette coalition rassemble le Parti socialiste, Archipel citoyen, Les Écologistes, le Parti communiste, Génération.s, Place publique, le Parti radical de gauche, Nouvelle donne, le Mouvement républicain et citoyen, Debout ! et le Partit occitan. Le sondage Ifop le place à 30 % des intentions de vote au premier tour.

Son programme logement s'articule autour de trois engagements chiffrés :

Nous lançons donc un appel aux bailleurs, promoteurs, entreprises du bâtiment, collectivités et à l'État , a déclaré François Briançon dans Le Journal Toulousain le 14 janvier 2026.

Sur l'encadrement des loyers, François Briançon propose une candidature de Toulouse Métropole auprès de l'État « avant la fin 2026 ». Ce mécanisme nécessite une demande préalable et a déjà été mis en place dans plusieurs grandes villes françaises depuis 2019 (Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Montpellier).

Il souhaite aussi réduire la durée de location autorisée pour les meublés touristiques de 120 à 90 jours par an. Le candidat s'appuie sur la critique du bilan Moudenc, pointant le retard accumulé dans les objectifs de rénovation et la production de logements sociaux jugée « insuffisante » Chambre régionale des comptes.

Piquemal : réquisition et encadrement des loyers

François Piquemal, député de la 4e circonscription de Haute-Garonne, mène la liste « Demain Toulouse » pour La France insoumise, avec 23 % d'intentions de vote selon le même sondage Ifop. Son programme logement est le plus détaillé en termes de mesures contraignantes.

Le programme officiel, publié sur son site de campagne, prévoit un objectif de 4 000 logements sociaux par an dans le prochain PLUi-H, soit 24 000 livrés sur le mandat complet (contre environ 2 500 par an aujourd'hui). Ce chiffre s'appuie sur le doublement de la production de Toulouse Métropole Habitat (TMH), de 500 à 1 000 constructions par an, et le passage de 750 à 1 500 réhabilitations annuelles. Le programme propose également la réquisition de 100 bâtiments vacants d'ici la fin du mandat et le gel des loyers du parc public municipal.

L’encadrement des loyers est indispensable pour stopper la spéculation, rendre le parc privé à nouveau accessible et redonner du pouvoir d'achat aux habitants , a déclaré François Piquemal dans une interview au Journal Toulousain, le 2 décembre 2025. Le programme chiffre l'impact potentiel à 36 € d'économie mensuelle pour une famille de quatre personnes avec un loyer de 1 200 €, soit 432 € par an, en se fondant sur l'exemple parisien documenté par l'Atelier parisien d'urbanisme (APUR).

Le candidat LFI souhaite aussi limiter les locations de type Airbnb à 90 nuitées par an et étendre le dispositif du permis de louer, un contrôle préalable de l'état du bien avant sa mise en location.

Leonardelli, Cottrel, Pezzin, Allorant, Meilhac, Pedinotti, Adrada : un programme logement encore flou

Julien Leonardelli conduit la liste du Rassemblement national, créditée de 7 % d'intentions de vote. Sa campagne porte principalement sur la sécurité et le cadre de vie. Le candidat du RN n'a cependant pas encore développé son programme en ce qui concerne le logement.

Les autres candidats déclarés : Arthur Cottrel (Reconquête !), Pierre Pezzin (liste SE), Domitille Allorant et Lambert Meilhac (Nouvel Air), Vanessa Pedinotti (Révolution permanente) et Malena Adrada (Lutte ouvrière), n'ont pas non plus publié de programmes logement détaillés à ce stade de la campagne.

Une métropole sous pression démographique

Le contexte de ces élections est celui d'une métropole en croissance rapide. Toulouse et son agglomération enregistrent l'un des soldes migratoires les plus élevés de France, alimentés par l'attractivité du secteur aéronautique, du numérique et de l'enseignement supérieur. Le PLUi-H 2025-2035 prévoit l'arrivée de 9 000 habitants par an, soit 90 000 en une décennie.

La tension sur le logement social se traduit en chiffres. Selon le rapport de la Chambre régionale des comptes d'Occitanie publié le 21 novembre 2025, 54 786 ménages attendaient un logement social fin 2024 dans la grande agglomération, une hausse de 31 % depuis 2019. Le parc social croît de 2,4 % par an en moyenne, mais la demande augmente presque deux fois plus vite (+4,6 %). Les attributions stagnent autour de 9 300 entrées par an, et les délais s'allongent : 16 mois en moyenne entre la demande et l'entrée dans un logement en 2024, contre 13 mois en 2021.

Un second rapport de la CRC, publié le 18 décembre 2025, pointe une production « insuffisante » de Toulouse Métropole Habitat : 1 547 logements sociaux livrés sur la période 2021-2024, contre un objectif de 3 212 fixé dans le projet d'entreprise du bailleur.

Le nouveau PLUi-H, adopté le 18 décembre 2025 et applicable depuis le 26 janvier 2026, constitue le principal cadre d'action quelle que soit l'équipe qui remportera le scrutin. Sa mise en œuvre effective et la capacité de la future municipalité à faire aboutir les projets dans les délais impartis sera l'un des enjeux centraux du prochain mandat.

Le premier tour aura lieu le 15 mars, le second le 22 mars 2026.

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