RER toulousain : Doubler les trains sur 6 trajets d'ici 2040

SERM Toulouse 2026 : Où en est le projet de RER métropolitain ?

Toulouse - Transports - Morgane Caillière le 29/06/2026

Doubler la fréquence des trains sur les six branches de l'étoile ferroviaire, faire passer Montauban–Toulouse de 58 à 126 trains par jour, L'Isle-Jourdain à 178, créer de nouveaux pôles d'échanges train-métro : c'est l'ambition du Service Express Régional Métropolitain de Toulouse, dont le dossier a été transmis à l'État début 2026. Une décision était attendue avant l'été 2026.

Combien de trains en plus, et sur quelle ligne

Le projet s'appuie sur les six branches existantes du réseau TER qui rayonnent depuis Matabiau. Aujourd'hui, 358 trains circulent chaque jour sur l'ensemble du réseau. La cible 2040 : environ 60 à 100 trains supplémentaires par axe.

Évolution prévue de l'offre par branche, selon le dossier de préfiguration :

BrancheTerminusAujourd'huiCible 2040
NordMontauban58 trains/j126 trains/j
OuestL'Isle-Jourdain80 trains/j178 trains/j
Sud-OuestCarbonne62 trains/j121 trains/j
SudAuterive37 trains/j119 trains/j
Sud-EstVillefranche-de-Lauragais39 trains/j117 trains/j
EstSaint-Sulpice-la-Pointe71 trains/j145 trains/j

Au nord et à l'est, le doublement de la cadence

Pour les habitants de Castelnau-d'Estrétefonds, Saint-Jory, Fenouillet, Lalande ou Lacourtensourt, l'objectif est concret : un train toutes les quinze minutes en heure de pointe, là où la fréquence reste très inégale aujourd'hui. Sur la branche est, qui dessert Montrabé, Gragnague, Montastruc-la-Conseillère, Roquesérière-Buzet et Saint-Sulpice-la-Pointe, la cadence doublerait également.

À l'ouest et au sud, le saut le plus important

Au sud, les usagers d'Auterive et de Muret verraient leur offre tripler à horizon 2040. À l'ouest, les habitants de Brax, Léguevin, Pibrac et L'Isle-Jourdain bénéficieraient du saut le plus important, avec un passage de 80 à 178 trains par jour. La branche est partiellement doublée jusqu'à Colomiers, ce qui facilite la montée en charge. Terminus ouest de la future ligne C et deuxième ville de Haute-Garonne, Colomiers conduit en parallèle un programme de renouvellement urbain sur le quartier du Grand Val d'Aran.

Amplitude horaire étendue et billettique unifiée

Au-delà du nombre de trains, l'amplitude horaire serait étendue de 5 h à 23 h sur l'ensemble du réseau, et une billettique unique permettrait de circuler entre train, métro, tram, bus, car interurbain et téléphérique avec un seul titre. L'objectif affiché dans le dossier SERM : que 60 % des habitants et 80 % des emplois du bassin de mobilité — soit environ 930 000 personnes sur les 483 communes concernées — se trouvent à moins de quinze minutes à vélo d'une gare. Cet objectif est cohérent avec la stratégie de densification autour des transports inscrite dans le nouveau PLUi-H toulousain, qui prévoit que 90 % des nouveaux logements soient construits dans les espaces déjà urbanisés.

Les travaux que cela implique

Doubler la fréquence des trains n'est pas une décision administrative qui se déclare un matin. Cela suppose des infrastructures capables d'absorber la circulation supplémentaire, du matériel roulant disponible et des correspondances qui tiennent la route.

Au nord : la mise à quatre voies entre Toulouse et Saint-Jory

Le chantier le plus visible est déjà en cours : les Aménagements ferroviaires au nord de Toulouse (AFNT). Dans le cadre de l'opération Toulouse–Castelnau-d'Estrétefonds, SNCF Réseau fait passer la ligne de deux à quatre voies entre Toulouse et Saint-Jory. Six gares et haltes seront concernées : Castelnau-d'Estrétefonds, Saint-Jory, Fenouillet–Saint-Alban, Lacourtensourt (déplacée de 700 m), Lalande-Église et Route-de-Launaguet. Cette dernière, fermée depuis 2016, doit rouvrir fin 2026 ou début 2027 en correspondance directe avec le métro B à La Vache. Coût total des AFNT : 900 millions d'euros, mise en service complète en 2031.

Au sud : une avant-gare à Niel pour soulager Saint-Agne

Le SERM prévoit la création d'une avant-gare à Niel, en interconnexion avec le métro B, appelée à se substituer à Saint-Agne pour certaines fonctions de correspondance. La halte actuelle est jugée trop étroite pour absorber le trafic prévu sur les branches Carbonne et Auterive.

À l'est : doubler les tunnels entre Gragnague et Montastruc

L'obstacle est connu depuis longtemps. Entre les gares de Gragnague et Montastruc-la-Conseillère, deux tunnels restent à voie unique. Ce goulet d'étranglement est identifié comme freinant le développement des dessertes par la question écrite n°36458 à l'Assemblée nationale dès 2021. Leur doublement figure dans le dossier SERM, accompagné du réaménagement de la gare de Montastruc-la-Conseillère et de la création d'une nouvelle halte à Rouffiac-Tolosan. Un prolongement de la ligne A jusqu'au secteur de Balma-l'Union pour ouvrir une nouvelle correspondance train-métro est par ailleurs évoqué à long terme, sans calendrier ni budget arrêtés.

En complément : vélo, cars express, covoiturage

À ces chantiers s'ajouteraient un Réseau Express Vélo dont les premières pistes commencent à apparaître autour des gares, des lignes de cars express en rabattement, et des aires de covoiturage organisées vers les pôles d'échanges multimodaux. La cohérence du tout repose sur l'aménagement de ces interfaces.

Trois échéances avant que le SERM produise ses effets

Avant que le SERM lui-même monte en charge, trois échéances déjà engagées ou financées hors dossier SERM complet vont transformer la donne pour les usagers. Toutes en deviendraient des briques si le projet régional est validé.

Fin 2026 : Aéroport Express et halte Route-de-Launaguet

La Ligne Aéroport, prolongement du tram T1 jusqu'à l'aéroport Toulouse-Blagnac, doit entrer en service avec une fréquence annoncée de cinq minutes en heure de pointe. Elle reliera l'aéroport à la future station Blagnac de la ligne C, située au niveau du rond-point Jean-Maga. La halte Route-de-Launaguet rouvre la même année — ou tout début 2027 selon les sources —, avec son terminus partiel à Castelnau-d'Estrétefonds.

2027-2028 : prolongement de la ligne B, puis ligne C

En septembre 2027, le métro B est prolongé de Ramonville jusqu'à Labège, après cinq ans de travaux. Fin 2028, c'est la ligne C qui entre en service : 27 kilomètres et 21 stations entre Colomiers et Labège. Tisséo annonce cinq gares TER/SNCF connectées au métro : Colomiers, La Vache, Matabiau, Montaudran et Labège. Ces cinq pôles d'échanges concentreront, à eux seuls, l'essentiel de la valorisation foncière liée au nouveau réseau — un sujet que nous avons déjà détaillé dans notre analyse Ligne C du métro à Toulouse quels quartiers privilégier pour investir ?. Le coût de l'opération ligne C et Ligne Aéroport est évalué à 3,151 milliards d'euros, valeur janvier 2017.

2031 : la fin des Aménagements ferroviaires au nord

Dernière échéance avant la montée en puissance du SERM proprement dit : l'achèvement des AFNT, attendu en 2031. Sans cette mise à quatre voies, impossible de doubler la fréquence sur la branche Montauban.

Un projet porté par la Région Occitanie depuis janvier 2024

Les usagers ont planté l'idée bien avant

L'idée d'un RER toulousain n'est pas nouvelle. Le collectif Rallumons l'Étoile, qui rassemble représentants d'usagers et élus locaux, plaide depuis plusieurs années pour la réactivation des six branches de l'étoile ferroviaire. L'inflexion politique vient en janvier 2024, lors des premières Rencontres Mobilités Urbaines et Territoires organisées par la Région Occitanie. Carole Delga, Sébastien Vincini (président du Conseil départemental) et Jean-Luc Moudenc déposent une candidature commune auprès de l'État.

Labellisation et phase de préfiguration

La labellisation officielle SERM tombe le 27 juin 2024. Toulouse fait partie des quinze projets retenus à l'échelle nationale par le ministère des Transports. S'ouvre alors une phase de préfiguration, financée à hauteur de 535 000 € HT : 50 % par l'État, puis 12,5 % chacun par la Région, le Département, Toulouse Métropole et Tisséo Collectivités. La Société des grands projets (l'ex-Société du Grand Paris), SNCF Réseau et SNCF Gares & Connexions sont associées à la démarche.

Un dossier de 228 pages déposé en janvier 2026

Cette phase aboutit à un dossier de 228 pages, déposé auprès de l'État mi-janvier 2026, comme l'a révélé Mediacités le 19 janvier 2026. Après Rouen et Tours, Toulouse est la troisième agglomération à franchir l'étape. La Région a validé le dossier en commission permanente le 20 février 2026.

4,8 milliards d'euros à trouver

Une enveloppe à mettre en perspective

Le coût global du projet est estimé à 4,8 milliards d'euros d'investissements à horizon 2040, plus 124 millions d'euros de surcoûts annuels d'exploitation. À comparer aux 3,151 milliards de l'opération ligne C et Ligne Aéroport ou aux 900 millions des AFNT, le SERM représente, dans sa version cible, environ une fois et demie l'investissement cumulé des deux grands chantiers de transport toulousains en cours.

Une conférence financière reportée

La conférence financière prévue en juin 2024 a été reportée après la dissolution de l'Assemblée nationale. À ce jour, la Région Occitanie reste, selon ses propres termes, « dans l'expectative » sur les engagements de l'État. Carole Delga rappelle régulièrement qu'il s'agit d'une promesse d'Emmanuel Macron de novembre 2022 sur les RER métropolitains, et que « 91 % des habitants » du bassin réclament ce réseau. Le 20 février 2026, elle déclare publiquement : « Nous attendons aujourd'hui que le Président tienne parole. »

Des collectivités pas toutes alignées

À Toulouse Métropole, le ton est plus prudent. Jean-Luc Moudenc demande de vérifier au préalable l'utilité sociale et l'impact environnemental positif du projet avant d'engager les dépenses publiques, dans un contexte de restrictions financières qu'il met en avant à plusieurs reprises. L'engagement de Tisséo Collectivités sur le volet intermodalité urbaine n'est, à ce jour, pas formalisé. Et selon Mediacités, le dossier de 228 pages n'a même pas été transmis à l'ensemble des communes concernées : plusieurs collectivités périphériques découvrent les hypothèses qui les concernent au fil des annonces.

Côté usagers, l'attente s'allonge

Les propositions de Rallumons l'Étoile

Le collectif juge le calendrier trop lent et propose de premières mesures applicables sans attendre 2040. Il réclame notamment l'organisation d'un nœud de correspondance à Matabiau à la minute 00, pour des connexions systématiques entre les trois axes cadencés métropolitains qu'il propose : Montauban–Castelnau-d'Estrétefonds–Baziège, Saint-Sulpice-la-Pointe–Matabiau, Carbonne–Muret/Auterive–Matabiau.

La branche est, exemple des limites actuelles

Sur les axes les moins équipés, la marge de progression est connue. La gare de Saint-Sulpice-la-Pointe est la plus fréquentée du département du Tarn, avec au moins 34 allers-retours quotidiens du lundi au vendredi vers Toulouse. Mais entre Gragnague et Montastruc, le matin, un seul incident technique suffit à propager des retards sur l'ensemble de la ligne. Tant que les deux tunnels resteront à voie unique, doubler la cadence relève de l'impossible.

Rendez-vous fin 2026 à La Vache

Les usagers du nord toulousain, eux, ont rendez-vous fin 2026 ou début 2027 avec la halte Route-de-Launaguet. Dix ans après sa fermeture, la station retrouvera des voyageurs, et offrira pour la première fois une correspondance directe entre TER et métro B au pied de la station La Vache. Pour les communes situées sur l'axe Toulouse–Montauban et pour celles desservies par les cinq pôles d'échanges train-métro de la ligne C, la décennie qui s'ouvre sera celle d'un changement d'échelle dans l'offre ferroviaire, que l'État valide ou non, demain, le SERM dans son ensemble.

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