MUNICIPALES 2026 : Les programmes des candidats pour le logement à Toulouse
À deux mois du scrutin, le logement s'impose comme l'un des enjeux majeurs de la campagne. Avec près de 55 000 ménages en attente d'un logement social dans la grande agglomération toulousaine selon la Chambre régionale des comptes (novembre 2025), des loyers qui absorbent jusqu'à 60 % des revenus des ménages les plus modestes et quelque 46 000 logements vacants, les candidats rivalisent de propositions. Tour d'horizon.
Jean-Luc Moudenc : « Construire plutôt que réglementer »
Le maire sortant a fait son choix : pas question d'encadrer les loyers. « Notre chemin est celui de ce qui fonctionne. Nous ne promettons pas des miracles, nous construisons des solutions. Un maire bâtisseur, c'est quelqu'un qui sait qu'on ne fait pas baisser les loyers en écrivant des règles supplémentaires, mais en bâtissant des logements », déclare Pierre Esplugas-Labatut, porte-parole de la liste « Protégeons l'avenir », dans un communiqué relayé par Le Journal Toulousain le 2 décembre 2025.
Pour la majorité sortante, l'encadrement des loyers est un « échec » partout où il a été mis en œuvre. « Partout où elle a été mise en œuvre, à l'image de Lyon ou Lille, les propriétaires se découragent, renoncent à louer, et ce sont les locataires, en particulier les plus modestes, qui paient le prix fort », argue le porte-parole, citant une étude de l'observatoire Clameur.
L'alternative proposée ? Le nouveau PLUi-H, adopté le 18 décembre dernier, qui prévoit la construction de 74 000 logements en dix ans. Point fort revendiqué : 35 % de logements sociaux et surtout 25 % de logements à prix encadré, vendus entre 3 000 et 3 500 euros le mètre carré – une disposition présentée par la majorité sortante comme une première en France, fruit d'un accord négocié directement avec les promoteurs.
François Briançon : 15 000 logements à loyer modéré
Le candidat socialiste, qui mène la liste « Vivre mieux » pour la Gauche unie (hors LFI), promet un « choc de l'offre accessible ». Au programme : 15 000 nouveaux logements à loyer modéré sur le mandat, soit 50 % de plus que la trajectoire actuelle. (source : Le Journal Toulousain)
François Briançon s'engage également à déposer une candidature de Toulouse Métropole auprès de l'État pour expérimenter l'encadrement des loyers « avant la fin 2026 ». Il mise aussi sur le Bail réel solidaire (BRS) avec un objectif de 7 500 logements neufs sur la métropole, et annonce un plan massif de rénovation de 30 000 logements.
Sur les meublés touristiques, le candidat PS veut réduire la durée de location autorisée de 120 à 90 jours par an et renforcer les contrôles. Parmi ses colistières figure Mélanie Baillot, directrice de l'ADIL de Haute-Garonne, gage d'une expertise reconnue sur les questions d'habitat.
François Piquemal : « Stopper la spéculation »
Le député LFI fait de l'encadrement des loyers sa mesure phare. « L'encadrement des loyers est indispensable pour stopper la spéculation, rendre le parc privé à nouveau accessible et redonner du pouvoir d'achat aux habitants », déclare-t-il au Journal Toulousain le 2 décembre 2025. Il rappelle que « les ménages consacrent en moyenne 30 % de leurs revenus à leur loyer dans le secteur privé, un taux qui atteint jusqu'à 60 % pour les plus précaires ».
Son programme officiel (piquemal2026.fr) cite l'exemple parisien où l'encadrement aurait permis une économie moyenne de 64 euros par mois selon une étude de l'Atelier parisien d'urbanisme (APUR). Le programme estime le gain potentiel à Toulouse à 36 euros par mois pour une famille de quatre personnes avec un loyer de 1 200 euros, soit 436 euros par an.
Le programme LFI prévoit également un gel pluriannuel des loyers de Toulouse Métropole Habitat, une limitation des Airbnb à 90 jours, le renforcement du permis de louer et la fin des démolitions d'immeubles « sans l'avis des habitants ». Plus symbolique : la transformation du « quota du maire » pour l'attribution des HLM en « quota du conseil municipal », avec des critères transparents.
Julien Leonardelli : la sécurité d'abord
Le candidat du Rassemblement national, qui a officialisé sa candidature le 14 décembre, n'a pas proposé de programme détaillé sur le logement. « Le candidat du RN aux municipales de mars n'a pas encore développé son programme », confirme France Bleu Occitanie le 15 janvier 2026. Sa campagne se concentre sur la sécurité, le cadre de vie, la voirie et le pouvoir d'achat.
Parmi ses propositions institutionnelles, lors d'une conférence de presse en mars 2025 rapportée par France Bleu : « Pourquoi ne pas créer des arrondissements dans une ville en passe de devenir la troisième ville de France, afin de créer plus de proximité, favoriser la vie de quartier », sur le modèle de Paris, Lyon ou Marseille. Le RN, qui n'avait recueilli que 4,31 % des voix en 2020 avec Quentin Lamotte, espère capitaliser sur sa progression aux législatives de 2024 (16 % dans la circonscription, soit 31 000 électeurs selon France Bleu). Un sondage Cluster 17 de novembre 2025, commandé par le PS et relayé par ToulÉco, le créditait d'environ 10 % au premier tour.
Les autres candidats
Plusieurs autres listes se sont déclarées. Nadia Pellefigue, ancienne vice-présidente de la Région et tête de liste en 2020, se présente sans étiquette. Arthur Cottrel est le candidat de Reconquête. Le collectif citoyen Nouvel Air (Équinoxe) défend une vision décroissante, privilégiant la réhabilitation de l'existant à la construction neuve. Vanessa Pedinotti représente Révolution Permanente, tandis que Pierre Pezzin se présente en indépendant. Richard Mebaoudj a quant à lui renoncé le 10 janvier, faute d'avoir pu constituer une liste complète.
Un débat qui cristallise les clivages
Le conseil communautaire du 18 décembre a donné un avant-goût de la bataille à venir. D'un côté, la majorité qui brandit l'épouvantail de Lyon et Lille pour rejeter l'encadrement. De l'autre, l'opposition qui y voit la seule mesure concrète contre la spéculation.
Le sondage Cluster 17, commandé par le PS en novembre 2025 et relayé par ToulÉco, donnait une gauche unie (PS-LFI-Écologistes) gagnante au second tour avec 53 % des voix face à Jean-Luc Moudenc (47 %). Mais en cas de division, le maire sortant reprendrait l'avantage. L'union de la gauche sera donc l'un des enjeux majeurs des semaines à venir.
LES DATES CLÉS
- 26 février 2026 (18h) : date limite de dépôt des listes en préfecture (vie-publique.fr)
- 15 mars 2026 : premier tour des élections municipales (info.gouv.fr)
- 22 mars 2026 : second tour (info.gouv.fr)