PLF 2027 : Ce que le projet de budget réserve à MaPrimeRénov’

MaPrimeRénov’ 2027 : ce que le projet de loi de finances prévoit

Toulouse - Politique - Morgane Caillière le 14/10/2026

Le projet de budget 2027 réduirait de 217 millions d'euros la dotation de l'État à l'Agence nationale de l'habitat (Anah), qui distribue MaPrimeRénov'. L'aide se recentrerait sur la rénovation d'ampleur. Les travaux isolés, pompes à chaleur comprises, seraient renvoyés vers les primes des fournisseurs d'énergie.

L'Anah face à une deuxième année de baisse

La dotation de l'État à l'Anah passerait de 1,45 milliard d'euros en 2026 à 1,233 milliard en 2027. Le chiffre figure dans une annexe du projet de loi de finances (PLF), présenté en Conseil des ministres le jeudi 1er octobre 2026. Il ne porte que sur les crédits budgétaires versés à l'agence, pas sur l'ensemble de son budget ni sur celui de MaPrimeRénov'.

L'agence finance aussi avec cet argent MaPrimeAdapt', l'aide qui adapte le logement au grand âge ou au handicap.

217 millions d'euros de moins dans la dotation de l'État à l'Anah en 2027, soit près de 15 %.

Le gouvernement invoque le « recentrage de la rénovation énergétique sur la décarbonation » et le « financement des gestes uniquement par les CEE », selon l'annexe citée par l'AFP.

En 2026 déjà, la contribution de l'État avait fondu de 555 millions d'euros. L'agence comptait alors sur plus d'un milliard d'euros de certificats d'économies d'énergie pour compenser.

Combien restera-t-il pour MaPrimeRénov' en 2027 ? Le projet de budget ne le dit pas. Il ne précise pas non plus si les CEE combleront le manque. En 2026, le dispositif dispose de 3,6 milliards d'euros, selon l'Anah.

Maxime Ledez, chercheur à l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE), reste prudent. « Difficile de déterminer le niveau de soutien à la rénovation énergétique du parc privé juste à l'aune du PLF vu la place prise par les CEE », a-t-il expliqué à l'AFP le 2 octobre 2026.

Pompe à chaleur : la fin du forfait MaPrimeRénov' ?

Les CEE, ou certificats d'économies d'énergie, obligent les fournisseurs d'énergie et de carburants à financer des travaux chez les particuliers. Les ménages les touchent sous forme de primes. Mais les fournisseurs en répercutent tout ou partie du coût sur leurs clients, jusque dans le prix du carburant.

L'isolation a déjà pris ce chemin. Murs, fenêtres, toiture : réalisés seuls, ces travaux ne relèvent plus de MaPrimeRénov' en métropole et passent par les CEE. Ces primes « remplacent désormais MaPrimeRénov' pour le soutien par geste », résume Maxime Ledez.

Le parcours « par geste » se limite aujourd'hui pour l'essentiel au chauffage, selon Service-Public.fr. Il finance encore les pompes à chaleur air/eau, géothermiques ou solarothermiques, le raccordement à un réseau de chaleur ou de froid alimenté surtout par des énergies renouvelables ou de récupération et la dépose d'une cuve à fioul. Un audit énergétique non obligatoire peut être aidé s'il accompagne l'installation d'une pompe à chaleur éligible ou un raccordement à un réseau de chaleur ou de froid.

L'annexe budgétaire vise nommément les pompes à chaleur. Elles ne seraient plus financées que par les CEE, pour que l'Anah se consacre aux rénovations globales. Le sort des autres travaux n'est pas précisé.

Chez les artisans, ce virage passe mal. Dans un communiqué du 8 octobre 2026, la Capeb de Saône-et-Loire, qui représente les petites entreprises du bâtiment, dénonce « le recentrage quasi exclusif de MaPrimeRénov' en faveur de la rénovation globale du parcours accompagné ». Elle réclame « la bonification dans le cadre des CEE de tous les travaux monogestes ».

Ce que touche aujourd'hui un ménage pour une pompe à chaleur

Équipement (métropole)Revenus très modestesRevenus modestesRevenus intermédiairesPlafond de dépense (TTC)
Pompe à chaleur air/eau5 000 €4 000 €3 000 €12 000 €
Pompe à chaleur géothermique ou solarothermique11 000 €9 000 €6 000 €18 000 €

Source : Service-Public.fr, forfaits en vigueur au 1er septembre 2026. Les ménages aux revenus supérieurs n'y ont plus droit en métropole.

Ce forfait s'ajoute aujourd'hui à la prime CEE, dans la limite d'un plafond d'aides. Si le projet passe, la prime CEE le remplacerait en 2027. Les aides de la région, du département ou de la commune resteraient possibles.

Prenons un couple aux revenus modestes qui remplace sa chaudière au gaz par une pompe à chaleur air/eau à 12 000 € TTC, pose comprise. Le ministère de l'Économie situe ce type d'installation entre 7 500 et 16 000 €. Avec le forfait MaPrimeRénov' de 4 000 €, il lui reste 8 000 € à payer avant la prime CEE.

Sans le forfait, la note grimperait à 12 000 € avant la prime CEE. Pour un ménage très modeste, la différence atteindrait 5 000 €. La prime CEE, qui varie d'un fournisseur à l'autre, n'entre pas dans ce calcul.

Depuis le 1er octobre 2026, une « offre intégrée » permet de remplacer une chaudière au gaz ou au fioul par une pompe à chaleur. Elle s'adresse aux propriétaires d'une maison aux revenus modestes ou très modestes. Financée par les CEE, elle est proposée par six groupements d'entreprises retenus par appel à projets. Ils assurent la pose et l'entretien, proposent un contrat d'électricité à prix fixe et organisent le financement du reste à payer. Le gouvernement vise 55 000 installations.

L'aide moyenne atteindrait 9 800 €, selon le gouvernement. Après travaux, la mensualité totale ne doit pas dépasser la facture d'énergie actuelle du foyer. L'offre ne se cumule pas avec MaPrimeRénov'.

Le vote du budget ne suffirait pas à supprimer le forfait. Ses montants sont fixés par le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 et par un arrêté du même jour, qu'il faudrait aussi modifier.

Tant qu'aucun nouveau texte n'est publié, les règles actuelles s'appliquent. L'accusé de réception de l'Anah ne vaut pas accord, car l'aide dépend des crédits que l'agence peut engager chaque année. Les conseillers France Rénov' répondent au 0 808 800 700 (service gratuit + coût d'un appel) et font le point sur les aides cumulables, y compris locales.

Rénovation d'ampleur, la priorité qui peine à décoller

Le budget de l'Anah se concentre sur la rénovation d'ampleur. Ce parcours finance un ensemble de travaux qui fait gagner au moins deux classes au DPE, le diagnostic de performance énergétique. Un accompagnateur agréé, Mon Accompagnateur Rénov', suit le ménage jusqu'à la fin du chantier.

L'aide couvre 80 % des travaux éligibles hors taxes pour les ménages très modestes et 60 % pour les modestes. Le taux tombe à 45 % pour les intermédiaires et à 10 % pour les plus aisés. La dépense prise en compte plafonne à 30 000 € HT pour un gain de deux classes, à 40 000 € HT à partir de trois.

Une maison classée F qui remonte en C pour 40 000 € HT de travaux toucherait ainsi 32 000 € chez un ménage très modeste. L'aide tomberait à 24 000 € chez un ménage modeste et à 18 000 € chez un ménage intermédiaire. Ces montants intègrent la valorisation des CEE par l'Anah. Le ménage ne peut pas demander une prime CEE séparée pour ces travaux. Le total des aides reste plafonné, de 100 % à 50 % du coût TTC selon les revenus.

Sur le terrain, les chantiers coûtent davantage. Au premier semestre 2026, les ménages modestes et très modestes ont engagé 54 997 € HT de travaux en moyenne, pour 41 390 € d'aide, selon l'Anah. Les ménages intermédiaires et aisés ont dépensé 65 423 € TTC en moyenne, pour 25 977 € d'aide. Ces moyennes incluent des dossiers déposés en 2025, instruits sous les barèmes applicables à leur dépôt.

Les règles se sont durcies en 2026. Depuis le 23 février, un rendez-vous avec un conseiller France Rénov' est obligatoire avant tout dépôt. Depuis le 1er septembre, une maison qui garde un chauffage ou une eau chaude au gaz après travaux n'y a plus droit. Les pompes à chaleur avec appoint gaz ou fioul sont exclues.

Entre janvier et juin 2026, la demande a été divisée par plus de quatre. L'Anah a reçu 20 265 dossiers, copropriétés comprises, contre 95 000 un an plus tôt selon l'AFP. Hors copropriétés, les demandes n'ont pas dépassé 2 500 par mois, contre 7 500 à 10 000 en 2025.

Dans le même temps, 41 409 logements ont bénéficié d'une aide, dont 17 146 en copropriété, pour l'essentiel au titre de dossiers de 2025. L'Anah en vise 120 000 sur l'année. Maxime Ledez ne s'attend pas « à ce que la France avoisine dès l'an prochain la cible de 250 000 rénovations d'ampleur en moyenne par an d'ici 2030 ».

Le guichet était resté fermé du 31 décembre 2025 au 23 février 2026, faute de budget voté. La directrice générale de l'Anah, Valérie Mancret-Taylor, évoque auprès de l'AFP « une dynamique de demande plus faible cette année ». Plus de 9 000 dossiers ont aussi été rejetés, incomplets ou restés sans réponse.

Un budget encore entre les mains du Parlement

Le projet de loi de finances porte le n° 3210. La Constitution donne 70 jours au Parlement pour l'examiner, un délai qui expire le 17 décembre 2026 à minuit. Si le Parlement ne s'est pas prononcé dans ce délai, les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance. D'ici là, les députés peuvent amender les crédits de l'Anah, comme certains l'avaient tenté à l'automne 2025.

En janvier 2026, faute de loi de finances, le dépôt de dossiers MaPrimeRénov' avait été gelé près de deux mois.

Dans le neuf, la RE2020 limite déjà le gaz

MaPrimeRénov' Rénovation d'ampleur cible le parc existant. En métropole, elle concerne les logements d'au moins 15 ans classés E, F ou G au DPE. L'acquéreur d'un logement neuf n'en relève pas.

Les logements neufs appliquent déjà une partie de cette logique. Selon le ministère de la Transition écologique, la réglementation environnementale RE2020 exclut en règle générale les chaudières tout gaz. La règle vaut depuis 2022 en maison individuelle et à partir de 2025 en logement collectif soumis aux nouveaux seuils. Les solutions hybrides, pompe à chaleur avec appoint gaz, restent possibles si elles respectent ces seuils.

Pour un ménage qui hésite entre une maison ancienne à rénover et un logement neuf, la comparaison mérite d'être refaite. Dans le neuf, l'aide passe par le prêt à taux zéro et, si l'article 7 du budget est adopté, par le futur PTZ parentalité. Les programmes immobiliers neufs près de chez vous donnent une base de comparaison.

SOURCES
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