
Avenue de Lyon : Focus sur un quartier plus inclusif et durable
Longtemps surnommée « l’avenue fantôme » de la Ville rose, l’avenue de Lyon à Toulouse s’apprête à sortir d’une longue léthargie pour profiter d'un lifting complet. A deux pas de la gare Matabiau et du Canal du Midi, la transformation de cette artère historique constitue la première phase de l’opération Grand Matabiau Quais d’Oc .
Objectif : redonner vie à ce secteur en préservant l’authenticité et l’âme populaire qui en font sa singularité.
Une « haute qualité d’habiter » comme fil conducteur
Selon l’architecte Cyril Le Bihan (cabinet Hardel Le Bihan), la « haute qualité d’habiter » sera au cœur de ce programme immobilier . Les futurs logements, conçus pour être traversants ou bi-orientés, bénéficieront d’une ventilation naturelle optimale et d’une luminosité généreuse.
Autre spécificité : la hauteur sous plafond s’élèvera à 2,70 m, au-dessus des standards habituels, afin de faciliter la pose de dispositifs de brassage d’air et d’offrir une sensation d’espace accru, comme le recommande l’ADEME dans son Guide du Confort d’Été dans l’Habitat Neuf (2021).
Des surfaces intérieures et extérieures élargies
Pour accompagner ces dispositions, les plans prévoient une augmentation d’environ 10 % de la surface habitable par rapport à la moyenne constatée en Occitanie (Observatoire de l’Immobilier, 2023). Les appartements disposeront également d’un espace extérieur – loggia, balcon ou terrasse de 6 à 50 m² .
Selon les orientations fixées par Toulouse Métropole, les nouvelles constructions de l’avenue de Lyon intégreront massivement la végétalisation en toiture. Dans plusieurs interviews accordées à la presse locale, Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de la Métropole, souligne l’importance stratégique de ce dispositif pour lutter contre les îlots de chaleur urbains et améliorer la qualité de vie en centre-ville.
Dans le cadre du chantier de l’avenue de Lyon, ces principes sont repris par les équipes d’architectes et de paysagistes (dont l’Atelier du Sillon et Topager) afin de créer des écosystèmes en toiture : bacs de culture, arbustes, zones humides pour l’infiltration de l’eau de pluie, voire de petits potagers collectifs.
L’objectif est de transformer ces toitures en espaces de vie et de cohésion, où les résidents pourront se retrouver, cultiver quelques légumes ou simplement profiter d’un coin de verdure en ville.
Densité maîtrisée & convivialité
Dans la même optique, le programme prévoie un nombre limité de logements par palier (entre deux et cinq). Par ailleurs, le cap de 25 logements maximum par bâtiment a été fixé pour préserver l’échelle humaine et encourager la convivialité de voisinage.
Les édifices culmineront à 35 m – l’équivalent de 10 à 11 étages – mais n’excéderont pas quatre niveaux à proximité du Canal du Midi, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et protégé par un cahier des charges strict. Cette gradation dans la hauteur vise à ménager les perspectives depuis le canal et à éviter l’apparition d’un couloir urbain, un point souligné par la DRAC Occitanie dans son étude Patrimoines et identités de la Ville Rose (2022).
La future avenue de Lyon : mix de tradition et d'innovation

Au-delà de la simple construction d’immeubles, c’est une nouvelle façon d’habiter la ville qui se dessine. En combinant des solutions de densité maîtrisée – telles que le réemploi de la brique, la diversification des hauteurs et la convivialité inhérente à de petits ensembles – avec des infrastructures écologiques comme les toits verts, le projet ambitionne de faire rimer « faubourg » et « innovation ». Tout en préservant l’âme populaire qui caractérise depuis toujours cette avenue de Lyon.
Un quartier solidaire et commerçant
Outre le programme résidentiel, l’avenue de Lyon s’apprête à accueillir pas moins de 5 800 m² d’activités, de commerces et de services, intégrés au futur quartier.
Autre élément distinctif : la création d’un « Pôle d’Innovation Sociale », destiné aux personnes en situation d’exclusion. Ce pôle, qui devrait occuper un peu plus de 1 000 m² au rez-de-chaussée de l’un des immeubles, aura vocation à accueillir des associations et des acteurs de l’économie sociale et solidaire. Des ateliers de remobilisation professionnelle, de formation au numérique et d’accompagnement social y seront proposés.
Dans la même veine, un restaurant solidaire de 300 m² viendra compléter l’offre de services, afin de proposer des repas accessibles aux plus précaires et de créer un espace de convivialité ouvert à tous.
Nature et mobilité douce
Le futur quartier s’appuiera également sur une forte végétalisation : trottoirs arborés, toits végétalisés et aménagements paysagers conçus par l’Atelier du Sillon et Topager. L’objectif affiché est de privilégier les mobilités douces, avec des trottoirs élargis, des pistes cyclables et un mobilier urbain adapté, tout en offrant à la population locale un réel confort d’usage.
Plus de 200 arbres seront ainsi plantés afin de redonner à ce secteur sa vocation initiale, marquée par l’histoire maraîchère de Toulouse. Les toits végétalisés ou aménagés en terrasses offriront aux habitants une vue imprenable sur la ville et le canal, tandis que la circulation automobile s’organisera autour de deux voies – une dans chaque sens – plus une voie réservée aux bus.
Un chantier à faible impact carbone
L’un des atouts majeurs de ce projet réside dans son engagement environnemental : la structure en bois et béton bas carbone, combinée au réemploi de la brique, contribue à maintenir l’identité toulousaine tout en réduisant l’empreinte énergétique. Les certifications visées : RE 2020, Label BiodiverCity, Label Biosourcé niveau 3, Bâtiment Durable Occitanie…) soulignent la volonté de faire de ce nouvel îlot un exemple de sobriété et d’écologie.
Les façades, volumes et socles patrimoniaux rappelleront l’architecture typique de la Ville rose, tandis que la modulation des hauteurs préservera « l’esprit du faubourg » et les vues sur le Canal du Midi. Cet ensemble renouvelé devrait donc illustrer un modèle équilibré de densité urbaine, respectueux du passé maraîcher de Toulouse et des enjeux environnementaux du XXIe siècle.
D’une avenue fantôme à un nouveau pôle de vie
Pendant des années, le bas de l’avenue de Lyon est resté en friche, marqué par des bâtiments vides et tagués, voués à la démolition depuis plus d’une quinzaine d’années. À partir de 2020, la majeure partie des immeubles a été rasée, laissant place à des parcelles vierges. Dans l’intervalle, Toulouse Métropole a fait le choix d’un urbanisme transitoire, ponctué par des animations comme la guinguette éphémère « Place publique », avant le lancement effectif des grands travaux.

Un calendrier ajusté
Initialement prévus pour la fin de l’année 2023, les permis de construire devraient finalement être déposés au premier trimestre 2025. Les travaux débuteraient en 2026 pour une livraison espérée entre fin 2028 et début 2029.
Si ce décalage a suscité certaines inquiétudes, Annette Laigneau, présidente d’Europolia, rappelle le contexte délicat de la construction de logements : « Cette opération immobilière est complexe, mais avance. On tente de trouver des solutions. » La livraison du quartier coïncidera presque avec la mise en service de la ligne C du métro toulousain.