
Rennes Métropole organise un bus tour pour signer le PLH
Il y a deux ans, Rennes Métropole mettait en place un Programme Local de l’Habitat (PLH) ambitieux pour la période 2023-2028, avec pour objectif de favoriser l’accès au logement pour tous, dans un contexte de forte croissance démographique et de tensions sur le marché immobilier.
Afin de sceller cet engagement à l’échelle de chaque commune, Nathalie Appéré, présidente de Rennes Métropole, a lancé une initiative inédite : un "bus tour" qui sillonnera les 43 communes du territoire entre le 11 mars et le 25 avril 2025 pour signer officiellement le PLH.
Une tournée qui est aussi l’occasion d’un dialogue avec les élus locaux et d’un débat sur les choix d’aménagement de la métropole. Nous verrons ici les enjeux, le déroulement et les réactions autour de cette tournée inédite, autour d'un plan audacieux pour redéfinir l’avenir du logement à Rennes Métropole.
Les objectifs et enjeux du PLH 2023-2028
Rennes Métropole, confrontée à une forte croissance démographique, souhaite apporter une réponse concrète aux défis du logement à travers son PLH 2023-2028. Ce plan, bâti sur une large concertation citoyenne, a été conçu dans l’optique de garantir à chaque habitant un logement accessible, abordable et durable.
L’un des principaux enjeux est l’augmentation de l’offre de logements neufs à Rennes. Avec 5 000 nouvelles constructions par an, la métropole veut répondre à une demande en constante évolution. Parmi ces logements, 1 250 seront des HLM, une nécessité quand on sait que près de 30 000 demandes de logement social sont en attente sur le territoire. En parallèle, 1 700 logements seront proposés en Bail Réel Solidaire (BRS), un dispositif permettant d’acheter son logement pour un coût équivalent à un loyer classique, rendant ainsi l’accession à la propriété plus accessible pour 9 ménages sur 10 de la métropole.
Deuxième point : le recyclage immobilier. Plutôt que de s’appuyer uniquement sur la construction neuve, le PLH mise sur la réhabilitation et la conversion de bâtiments existants – bureaux transformés en logements, rénovation énergétique des habitations anciennes – pour répondre à l’objectif de sobriété foncière et limiter l’artificialisation des sols.
Au-delà des chiffres, ce plan entend aussi réaffirmer le droit au logement pour tous et garantir une mixité sociale réelle. Sans un contrat passé avec chacune des communes, le Programme local de l’habitat ne pourrait pas se mettre en œuvre concrètement
, explique Nathalie Appéré, mettant en avant l’importance d’un partenariat solide entre la Métropole et les maires.
Ce principe repose sur un engagement réciproque entre les communes et les métropoles.

Mais cet ambitieux programme soulève aussi des questions et des tensions. Si l’effort en faveur du logement social est salué, certains élus estiment que les classes moyennes restent les grandes oubliées du dispositif, ce qui pourrait accentuer le phénomène d’exode vers les communes périphériques. De plus, la gestion du foncier dans un cadre de zéro artificialisation nette (ZAN) pose la question de la densification et de son acceptabilité par les habitants.
Alors que la Métropole mise sur un budget faramineux de 300 millions d’euros d’investissement pour atteindre ses objectifs, la réussite du PLH dépendra de sa capacité à concilier développement urbain, équilibre social et exigences écologiques.
Le déroulement du "bus tour" du PLH de Rennes
Pour marquer officiellement la mise en œuvre du Programme Local de l’Habitat et engager chaque commune dans sa concrétisation, Nathalie Appéré, présidente de Rennes Métropole, a lancé un concept inédit : un "bus tour". Cette tournée, qui s’étend du 11 mars au 25 avril 2025, a été imaginée pour aller signer le PLH avec les maires des 43 communes du territoire et se pencher sur les enjeux spécifiques à chaque localité.
À bord d’un minibus, la présidente de Rennes Métropole est accompagnée par les élus locaux et les acteurs du logement. Chaque étape se conclut par une signature officielle du contrat PLH, symbolisant un engagement réciproque : les communes s’engagent à produire du logement abordable et durable, tandis que la Métropole garantit un soutien financier et technique à ces projets.
Un programme structuré autour de 11 grandes thématiques
Plutôt qu’une simple tournée protocolaire, ce "bus tour" est conçu comme une série de rencontres thématiques, chacune illustrant une facette du PLH. Ainsi, lors de chaque arrêt, une problématique spécifique est mise en avant, accompagnée d’une visite de terrain :
11 mars – Première étape : La mixité sociale dans les petites communes
- Visite de la ZAC Croix du Vivier à Gévezé, de la ZAC du Chemin Vert à La Chapelle-Chaussée, de la ZAC du chemin neuf à Romillé, exemples de logements intégrant la mixité sociale et respectant les obligations de la loi SRU.
- Arrêt à Miniac-sous Bécherel et Bécherel, où le renouvellement urbain d’un centre-bourg patrimonial est accompagné par le PLH.
14 mars – Pont-Péan, Bruz et Noyal-Châtillon-sur-Seiche : Habitat inclusif et logement des jeunes
- Signature du PLH sur l’aire des gens du voyage de Pont-Péan, illustrant l’importance de l’intégration de toutes les populations dans la politique du logement.
18 mars – Montgermont et Vezin-le-Coquet : Droit au logement
- Mise en œuvre du droit au logement à Rennes Métropole
- Anniversaire des 30 ans de l’Agence Immobilière à Vocation Sociale de Rennes Métropole
19 mars – Saint-Gilles, Saint-Grégoire, Cintré, La Chapelle-Thouarault et L’Hermitage : Vieillissement et logements écologiques
- Présentation de logements bas carbone et d’initiatives pour adapter l’habitat aux personnes âgées.
20 mars – Chantepie et Vern-sur-Seiche : Accession à la propriété à moindre coût
- Focus sur le Bail Réel Solidaire (BRS), un dispositif qui permet d’acheter un logement au prix d’un loyer.
25 mars - Chevaigné, Saint-Sulpice-la-Forêt et Betton : Les innovation sociales de ce PLH, l’habitat adapté au handicap et le “sans foncier fixe”.
Au-delà, les thématiques restent encore à déterminer (elles seront précisées sur le site de la métropole) mais les dates et villes sont déjà notées dans l’agenda : 27 mars, 2 avril, 3 avril, 22 avril, 25 avril. Le reste des communes de la métropole seront visitées par le bus tour durant ces journées. Vous pouvez les consulter sur l’agenda Rennes Métropole
Réactions et débats autour du PLH
Si le PLH Rennais et son "bus tour" sont largement salués pour leur ambition et leur approche collaborative, ils ne font pas l’unanimité. La mise en œuvre du plan soulève des questions importantes sur son impact réel et son adéquation aux besoins des habitants de Rennes Métropole.
Certains maires expriment leurs inquiétudes sur le financement des infrastructures nécessaires à l’accueil de nouveaux habitants (écoles, transports…), tandis que d’autres alertent sur le déséquilibre entre logement social et offre pour les classes moyennes. Mais au moins, tout le monde peut s’exprimer et le dialogue est ouvert entre les élus des hautes sphères de la métropole et chaque localité.
« Nous voulons être sûrs d’accueillir ces nouveaux habitants dans de bonnes conditions, avec des équipements adaptés. Une meilleure répartition de la richesse fiscale entre les communes devrait être envisagée. »
Jean-Pierre Savignac, maire de Cesson-Sévigné
”C’est grâce à cette collaboration que nous réussissons à produire un logement de qualité pour tous. Nous mettons l’accent sur la sobriété foncière et la maîtrise des prix, en essayant de contrôler l’envolée des prix du foncier. Ces derniers ont augmenté de 50 % en cinq ans à Pont-Péan. De plus, compte tenu des contraintes géologiques et climatiques fortes que nous subissons, nous serions démunis si nous étions seuls.”
Michel Demolder, Maire de Pont-Péan
Un engagement fort, mais des inquiétudes persistantes
Le vice-président au logement de Rennes Métropole, Honoré Puil, souligne que la maîtrise du foncier est un enjeu clé pour garantir des logements accessibles :
Le mécanisme de dissociation foncière, qui sépare la propriété du sol de celle du bâti, permet de plafonner les prix du logement et de limiter leur envolée au fil des mutations. »
Un défi écologique et énergétique
En ce qui concerne la transition écologique et la réhabilitation thermique du parc immobilier existant, c’est une question également essentielle dans ce PLH.
« Nous devons imposer des critères stricts de production d’énergies renouvelables, limiter l’usage des matériaux neufs et augmenter la part des matériaux biosourcés. L’objectif de réhabiliter 6 000 logements par an doit être tenu. »
Aurélie Quéméner, élue de Vezin-le-Coquet
En parallèle, l’application de l’objectif ZAN complique la construction de nouveaux logements. Il faut donc densifier intelligemment les espaces urbains existants (par la surélévation des bâtiments par exemple) en tâchant de préserver la qualité de vie des habitants.