Recyclage immobilier à Villejean : 165 logements deviennent 211 sans démolition
Cap sur Villejean où deux tours des années 1960 vont accueillir plus de 200 logements, sans être démolies au préalable. Le bailleur Espacil Habitat va les vider, les reconfigurer, puis les rouvrir en 2028. Une opération de tailler qui sera réalisée sans consommer un mètre carré de foncier neuf.
Deux tours de 1967-1968 derrière la dalle Kennedy
Les immeubles se dressent aux 2 et 8 rue du Bourbonnais, à l'arrière de la dalle Kennedy. Ils datent de 1967-1968 et culminent à quinze étages. Villejean garde là une empreinte typique des grands ensembles rennais.
À l'origine, les deux tours abritent 165 logements sociaux. Des appartements plutôt grands, pensés pour des familles nombreuses, avec beaucoup de T4 et davantage. Un format qui colle de moins en moins à la demande d'aujourd'hui.
De 165 à 211 logements, sans démolition
Comment cela va-t-il fonctionner ? On garde les bâtiments, on redécoupe l'intérieur pour y loger davantage de ménages, détaille Rennes Métropole.
La nouvelle répartition privilégie les petites surfaces, surtout des T1, des T2 et des T3, mieux adaptés aux ménages actuels. Quelques grands logements devraient subsister, pour ne pas chasser les familles du quartier.
La démographie parle d'elle-même : les ménages rétrécissent, les personnes seules se multiplient, et Villejean accueille étudiants et jeunes actifs près du campus et du métro. Découper de grands appartements en unités plus petites, c'est produire une offre qui trouve preneur.
Le recyclage immobilier (produire du logement à partir d'un bâti existant plutôt que sur un terrain nu) répond ici à un objectif précis, densifier sans étaler la ville.
La structure reste, presque tout le reste change
Seule l'ossature poteaux-poutres est conservée. Le reste est repris, des cloisons aux réseaux, avec une nouvelle isolation thermique et acoustique et une mise aux normes de sécurité.
Le chantier passe aussi par un désamiantage, incontournable sur un bâti de cette période. Certains éléments seront réemployés plutôt que jetés. Sanitaires et menuiseries récupérables serviront une seconde fois, indique Arnaud Etienvre, responsable de programmes réhabilitation.
Recyclage ou rénovation ? La rénovation énergétique améliore un logement existant. Le recyclage immobilier va plus loin : il transforme le volume, redécoupe les plateaux et change le nombre de logements. À Villejean, on reste dans la seconde catégorie.
Un pôle médical et une structure petite enfance au pied des tours
Les rez-de-chaussée changent de fonction, avec l'installation d'un pôle médical et une structure petite enfance. De quoi renforcer les services de proximité au bas des immeubles, sur un secteur qui en manque.
Revenir à Villejean en 2028, avec priorité
Pour transformer les plateaux, il a fallu vider les tours. Les locataires ont été relogés le temps du chantier. Ceux qui souhaitent revenir bénéficieront d'une priorité à la réouverture.
À retenir sur les dates : les 211 logements ne sont pas livrés. Ils sont prévus pour 2028. L'opération est aujourd'hui un chantier, pas un immeuble rouvert.
3 000 logements recyclés visés d'ici 2028
Le recyclage immobilier à Rennes n'en est pas à son coup d'essai, et la métropole en fait une vitrine. Lors d'un point presse tenu le 9 septembre 2026, la collectivité a chiffré son ambition : 3 000 logements tirés du bâti existant à l'horizon 2028. Le même jour, elle réunissait au Couvent des Jacobins des acteurs venus de France et d'Europe pour échanger sur la transformation du bâti.
Le chiffre s'inscrit dans le PLH de Rennes Métropole pour 2023-2028. La métropole vise 5 000 logements par an sur la période. Entre 2023 et 2026, elle estime déjà produire de 200 à 600 logements par an à partir du bâti existant.
Le recyclage vient compléter les programmes neufs à Rennes, sans les remplacer. Honoré Puil, vice-président délégué à l'Habitat, défend un changement d'échelle. Le maire de Rennes, Nathalie Appéré, portait le message d'ouverture.
Avec Villejean, la métropole a mené une opération comparable à Maurepas, sur les tours du Gros-Chêne, portées par Archipel Habitat. À chaque fois, la même logique : trois contraintes traitées d'un seul geste, produire du logement, limiter l'artificialisation des sols (le ZAN, pour « zéro artificialisation nette ») et réduire l'empreinte carbone de la construction.
Face à une démolition-reconstruction, garder l'ossature évite de couler une structure neuve, l'un des postes les plus émetteurs d'un chantier. C'est tout le calcul carbone du recyclage.
26 M€ investis dans l'opération, avec un prêt de la Banque des Territoires.
L'enveloppe dit l'essentiel. Conserver un immeuble des années 1960 a un coût, mais Rennes y voit un modèle reproductible. C'est le pari rennais.