Rennes 2026 : le logement au cœur de la bataille des municipales

Municipales 2026 à Rennes : ce que proposent les candidats pour le logement

Rennes - Politique - Hervé Koffel le 23/02/2026

Deuxième ville la plus tendue de France pour la location, confrontée à un afflux de Parisiens depuis l'ouverture de la LGV et à une pénurie structurelle de logements étudiants, Rennes place la question de l'habitat au premier rang de sa campagne municipale. À l'approche du premier tour du 15 mars, les candidats à la mairie proposent des réponses contrastées, entre réquisition, construction accélérée et libération de l'offre.

L'urgence du logement à Rennes

La tension est palpable. À Rennes, le loyer moyen d'un studio atteint plus de 19 € le mètre carré, le plus élevé de Bretagne. Chaque logement mis en location attire de nombreuses candidatures et fait grimper la tension locative locale. Et chaque rentrée universitaire tourne au cauchemar pour les 73 000 étudiants de la métropole, dont seulement 19 000 disposent de logements dédiés, chambres Crous comprises.

La ville a un objectif affiché de produire 5 000 logements par an pour atteindre 65 000 unités supplémentaires d'ici 2035. Mais entre la construction neuve qui stagne du fait de la conjoncture avec un prix médian à 5 330 €/m² (chiffres Le Figaro Immo janvier 2026 et les candidats à la mairie qui ne s'accordent pas sur les moyens d'y remédier, que nous réservent ces municipales pour les enjeux du logement ?

Nathalie Appéré : le logement comme droit fondamental

La maire sortante Nathalie Appéré (Parti Socialiste) se représente pour un troisième mandat en plaçant le logement au cœur de sa campagne. Pour cela, elle s'allie aux Écologistes, mais aussi à une grande partie de la gauche : PCF, UDB, ND, Générations, L'Après, Debout!, Place Publique et PRV. Voici les grandes lignes du programme logement cette liste, baptisée Rennes Solidaire, pour les 6 prochaines années :

Son engagement le plus commenté : brandir la réquisition de logements durablement vacants comme outil de dernier recours, avec l'appui de l'État. Une mesure qui nécessite un cadre légal national et dont la portée réelle reste limitée, mais qui constitue un signal fort dans une campagne marquée par l'urgence.

Charles Compagnon et Carole Gandon : relancer l'attractivité

La liste « Vivre Rennes ! », conduite par Charles Compagnon (52 ans, entrepreneur, conseiller municipal sortant) et Carole Gandon (42 ans, directrice des relations institutionnelles), rassemble un large spectre centre droit allant d'Horizons à Renaissance, en passant par le MoDem, l'UDI et le Parti Breton. Sur le logement, Charles Compagnon prône une gouvernance « plus lisible et de proximité », rompant avec ce qu'il décrit comme une approche « verticale et technocratique ». Voici ses mesures :

Un programme moins chiffré, qui insiste sur la nécessité de redonner confiance aux acteurs économiques et aux professionnels de l'immobilier pour débloquer des projets en attente. Si le détail des mesures sur le logement social reste à préciser, la coalition entend également travailler sur la reconversion de friches et sur l'amélioration des délais d'instruction des permis de construire.

Marie Mesmeur (LFI) : la brigade anti-mal-logement

Marie Mesmeur, députée La France Insoumise et tête de liste du mouvement associé au NPA-L'Anticapitaliste, a lancé sa campagne le 21 novembre 2025 sous la houlette "Faire mieux pour Rennes". Parmi ses onze mesures prioritaires, le logement occupe une place centrale avec la création d'une brigade anti-mal-logement, chargée d'identifier et d'agir sur les situations d'habitat indigne et de précarité résidentielle. Voici ce qu'elle propose :

Sa ligne politique revendique une rupture nette avec les orientations libérales, incluant une ambition de régulation des loyers du parc privé, dont la mise en œuvre resterait toutefois subordonnée à une habilitation de l'État.

Rousseau (LR) : l'accès au social réservé aux prioritaires

Thomas Rousseau mène pour Les Républicains la liste « L'Espoir rennais », avec le soutien des Centristes et d'Écologie au Centre. Sa campagne est principalement axée sur la sécurité. Sur le logement, il défend des critères d'attribution du parc social plus stricts, réservant en priorité l'accès aux ménages qui satisfont à des conditions de résidence ou d'ancienneté dans la commune. Un programme qui tourne plus autour d'une vision que d'un chiffrage précis. Voici ses propositions :

Ulysse Rabaté : Écologie et solidarité

Ulysse Rabaté conduit la liste dissidente « Rennes-Commune », issue d'une rupture avec La France Insoumise. Cette liste propose les mesures suivantes :

Là encore, les objectifs chiffrés de production et d'investissement ne sont pas précisés. D'ici le 15 mars, la liste présentera peut-être plus en détails ces quelques mesures.

Erell Duclos : Approche radicale et contrôle des prix

Erell Duclos représente la liste Révolution Permanente, annoncée en novembre 2025. Le programme Logement de cette liste plus radicale est basée entre autres sur le contrôle des prix et la réquisition des logements vacants. Pas de chiffrage ou de détails tangibles sur l'application du programme cependant. Voici leurs mesures :

Yan Mélan : Un programme encore incomplet

Le parti Équinoxe mené par Yan Mélan affiche des mesures logement concrètes sur son site de campagne avec notamment :

Le programme reste partiellement en cours de publication et sera complété dans les prochains jours à l'approche du premier tour. Leur vision est celle d'une « écologie pragmatique » : densifier là où les transports existent déjà, recycler le bâti existant plutôt que de s'étendre.

Julien Masson (RN) : en attente d'un programme détaillé

Julien Masson, investi par le Rassemblement National, a confirmé sa candidature dans une interview de février 2026. Sa campagne, centrée sur la sécurité et la représentation des électeurs RN dans une ville qui leur est traditionnellement peu favorable, n'a pas encore produit de propositions détaillées sur le logement ou la politique urbaine. Il a mentionné l'idée de référendums locaux pour les projets d'urbanisme importants, notamment ceux dépassant dix millions d'euros, mais sans articuler de programme logement formalisé à ce stade.

Victor Darcissac : Le NPA révolutionnaire

Le NPA-Révolutionnaires ne publie pas de programme municipal détaillé sur le logement. Le parti assume que les élections ne sont qu'une tribune et que la question du mal-logement ne peut se résoudre à l'échelle municipale. Parmi les éléments relatifs au logement disponibles via leur plateforme nationale et les interventions de presse, il a été mentionné l'augmentation générale des salaires (de 400 € minimum) comme réponse structurelle à la crise du logement, ou encore la dénonciation de la politique d'expulsions des collectifs de sans-logement par la mairie PS de Rennes.

Sandra Chirazi : Lutte ouvrière

Lutte Ouvrière ne publie pas non plus de programme municipal spécifique sur le logement à Rennes. Le parti, fidèle à sa ligne, considère que les élections ne changent pas le système. Étant structurellement anticapitaliste, pour eux la question du logement est renvoyée à la transformation globale du système économique, pas à des mesures municipales.

La construction neuve, la réhabilitation du parc dégradé, le contrôle des meublés touristiques et la gestion du logement étudiant constituent autant de dossiers qui dépassent les seules prérogatives de la mairie, mais sur lesquels son positionnement pèse lourd. Le premier tour aura lieu le 15 mars, le second le 22 mars 2026, pour déterminer l'avenir du logement à Rennes.

Lire "Municipales 2026 à Rennes : ce que proposent les candidats pour le logement" sur RennesIMMO9