Municipales 2026 à Rennes : ce que proposent les candidats pour le logement
Deuxième ville la plus tendue de France pour la location, confrontée à un afflux de Parisiens depuis l'ouverture de la LGV et à une pénurie structurelle de logements étudiants, Rennes place la question de l'habitat au premier rang de sa campagne municipale. À l'approche du premier tour du 15 mars, les candidats à la mairie proposent des réponses contrastées, entre réquisition, construction accélérée et libération de l'offre.
L'urgence du logement à Rennes
La tension est palpable. À Rennes, le loyer moyen d'un studio atteint plus de 19 € le mètre carré, le plus élevé de Bretagne. Chaque logement mis en location attire de nombreuses candidatures et fait grimper la tension locative locale. Et chaque rentrée universitaire tourne au cauchemar pour les 73 000 étudiants de la métropole, dont seulement 19 000 disposent de logements dédiés, chambres Crous comprises.
La ville a un objectif affiché de produire 5 000 logements par an pour atteindre 65 000 unités supplémentaires d'ici 2035. Mais entre la construction neuve qui stagne du fait de la conjoncture avec un prix médian à 5 330 €/m² (chiffres Le Figaro Immo janvier 2026 et les candidats à la mairie qui ne s'accordent pas sur les moyens d'y remédier, que nous réservent ces municipales pour les enjeux du logement ?
Nathalie Appéré : le logement comme droit fondamental
La maire sortante Nathalie Appéré (Parti Socialiste) se représente pour un troisième mandat en plaçant le logement au cœur de sa campagne. Pour cela, elle s'allie aux Écologistes, mais aussi à une grande partie de la gauche : PCF, UDB, ND, Générations, L'Après, Debout!, Place Publique et PRV. Voici les grandes lignes du programme logement cette liste, baptisée Rennes Solidaire, pour les 6 prochaines années :
- Production massive : 500 logements sociaux et 300 logements intermédiaires à loyer encadré par an
- Accession abordable : 600 logements par an via le Bail Réel Solidaire(BRS), à prix plafonnés entre 2 800 et 4 200 €/m²
- Encadrement du marché : plafonnement des loyers privés, permis de louer, contrôle renforcé des locations type Airbnb, réquisition des logements vacants
- Grands projets urbains : Bois Perrin (380 logements), Haut-Sancé (500 logements), Cité Administrative de Beauregard (nouveau collège, Trambus), reconversion de l'Hôpital Sud à horizon 2029
- Rénovation urbaine : 700 M€ investis dans les quartiers prioritaires comme Villejean-Kennedy (1 600 logements rénovés), Cleunay (540 logements), Gros-Chêne, Blosne-Est, Gayeulles
- Rénovation énergétique des copropriétés privées, accompagnée par le tiers financement régional
- Mixité et participation : habitat partagé, coopératives d'habitants, espaces collectifs végétalisés, concertation citoyenne « Rennes 2050 »
- Surélévation des immeubles existants pour densifier sans artificialiser
- Reconversion des zones commerciales en entrées de ville (Bois de Sœuvres, Bernard/Duval, Longchamps)
Son engagement le plus commenté : brandir la réquisition de logements durablement vacants comme outil de dernier recours, avec l'appui de l'État. Une mesure qui nécessite un cadre légal national et dont la portée réelle reste limitée, mais qui constitue un signal fort dans une campagne marquée par l'urgence.
Charles Compagnon et Carole Gandon : relancer l'attractivité
La liste « Vivre Rennes ! », conduite par Charles Compagnon (52 ans, entrepreneur, conseiller municipal sortant) et Carole Gandon (42 ans, directrice des relations institutionnelles), rassemble un large spectre centre droit allant d'Horizons à Renaissance, en passant par le MoDem, l'UDI et le Parti Breton. Sur le logement, Charles Compagnon prône une gouvernance « plus lisible et de proximité », rompant avec ce qu'il décrit comme une approche « verticale et technocratique ». Voici ses mesures :
- Moratoire sur les tours dans les quartiers pavillonnaires, respect du cadre de vie existant
- Développement massif du Bail Réel Solidaire (BRS) pour réduire le coût du foncier
- Recyclage urbain prioritaire : réhabilitation avant toute extension de la ville, fin de la « bétonisation brutale »
- Charte de la Construction et de la Citoyenneté rendue opposable juridiquement (les promoteurs devront s'y conformer)
- Logements pour les actifs et classes moyennes : réservation d'un logement sur trois aux actifs travaillant à Rennes
- Plan logement étudiant en partenariat avec le CROUS et les bailleurs
- Révision du PLUi (Plan Local d'Urbanisme intercommunal) et du PLH (Programme Local de l'Habitat)
- Comités locaux d'urbanisme avec droit d'initiative citoyenne
- Fin des projets imposés sans concertation préalable
Un programme moins chiffré, qui insiste sur la nécessité de redonner confiance aux acteurs économiques et aux professionnels de l'immobilier pour débloquer des projets en attente. Si le détail des mesures sur le logement social reste à préciser, la coalition entend également travailler sur la reconversion de friches et sur l'amélioration des délais d'instruction des permis de construire.
Marie Mesmeur (LFI) : la brigade anti-mal-logement
Marie Mesmeur, députée La France Insoumise et tête de liste du mouvement associé au NPA-L'Anticapitaliste, a lancé sa campagne le 21 novembre 2025 sous la houlette "Faire mieux pour Rennes". Parmi ses onze mesures prioritaires, le logement occupe une place centrale avec la création d'une brigade anti-mal-logement, chargée d'identifier et d'agir sur les situations d'habitat indigne et de précarité résidentielle. Voici ce qu'elle propose :
- Objectif de 40 % de logements publics (HLM, offices fonciers, coopératives) sur le modèle viennois (62 % de logements sociaux à Vienne)
- Bail Réel Solidaire massif : au moins 50 % des logements neufs réservés au BRS, avec des prix 30 à 50 % inférieurs au marché
- Brigade Anti-Mal-Logement : équipe municipale chargée de lutter contre l'insalubrité, les fraudes au DPE, de préparer l'encadrement des loyers et d'accompagner les locataires dans leurs démarches juridiques
- Logement étudiant : objectif d'un logement pour quatre étudiants, soit 20 000 logements (moins de 6 000 actuellement pour plus de 70 000 étudiants), avec priorité aux baux CROUS plutôt qu'au privé
- Lutte contre les logements vacants : recensement public, mise en demeure, réquisition en cas de refus de mise en location
- Locations courte durée (Airbnb, Booking) : limitation à 90 jours non consécutifs maximum pour les logements principaux et secondaires
- Rénovation énergétique: objectif de 5 000 logements rénovés par an (objectif du PCAET) pour éradiquer les passoires thermiques, priorité aux quartiers populaires ; 28 000 logements classés F ou G sur la métropole (12 % du parc), 65 000 logements progressivement interdits à la location d'ici 2034
- Plan zéro sans-abri : états généraux municipaux du sans-abrisme, réquisition temporaire de logements vacants, fonds municipal d'urgence, action en justice contre l'État pour manquement à ses obligations d'hébergement (sur le modèle de Grenoble)
- Dignité des personnes sans abri : bains-douches municipaux, interdiction du mobilier anti-SDF, financement renforcé du restaurant social Leperdit
- Soutien à la création d'un syndicat de locataires et renforcement des associations de défense du droit au logement
Sa ligne politique revendique une rupture nette avec les orientations libérales, incluant une ambition de régulation des loyers du parc privé, dont la mise en œuvre resterait toutefois subordonnée à une habilitation de l'État.
Rousseau (LR) : l'accès au social réservé aux prioritaires
Thomas Rousseau mène pour Les Républicains la liste « L'Espoir rennais », avec le soutien des Centristes et d'Écologie au Centre. Sa campagne est principalement axée sur la sécurité. Sur le logement, il défend des critères d'attribution du parc social plus stricts, réservant en priorité l'accès aux ménages qui satisfont à des conditions de résidence ou d'ancienneté dans la commune. Un programme qui tourne plus autour d'une vision que d'un chiffrage précis. Voici ses propositions :
- Logement social : faciliter l'accès pour ceux qui « contribuent à l'intérêt général », revoir les critères d'attribution et limiter la durée des baux à 3 ans avec des contrôles renforcés pour accélérer la rotation
- Bail Réel Solidaire (BRS) : développement pour permettre l'accès à la propriété des classes moyennes
- Logement étudiant : garantir l'accès au logement pour les étudiants
- Rénovation énergétique : accélération avec l'appui des syndics et copropriétés
- Résidences partagées intergénérationnelles pour les aînés
- Réquisitionner les logements vacants qui sont inoccupés depuis longtemps
- Mettre en place des conditions strictes d'expulsion pour les locataires causeurs de nuisances répétées ou condamnés.
Ulysse Rabaté : Écologie et solidarité
Ulysse Rabaté conduit la liste dissidente « Rennes-Commune », issue d'une rupture avec La France Insoumise. Cette liste propose les mesures suivantes :
- « Moins construire, mieux habiter » : identification et réquisition des logements vides pour lutter contre les abus
- Encadrement des loyers dans le cadre d'un « plan de défense » du logement étudiant
- Défense des droits des locataires via l'emploi de médiateurs interculturels et plurilingues
- Hôpital Sud (bientôt vacant) : transformation en lieu intergénérationnel mêlant habitat pour le bien vieillir et activités de loisirs
- Accès prioritaire au logement social pour les parents isolés, via la création d'un statut local de parent isolé et d'une carte famille monoparentale
- Charte « Pas un enfant à la rue » en partenariat avec les associations et collectifs
- Maintien des équipements de quartier : réouverture d'une maison de quartier à Maurepas, maintien du Bâtiment à Modeler de Cleunay
Là encore, les objectifs chiffrés de production et d'investissement ne sont pas précisés. D'ici le 15 mars, la liste présentera peut-être plus en détails ces quelques mesures.
Erell Duclos : Approche radicale et contrôle des prix
Erell Duclos représente la liste Révolution Permanente, annoncée en novembre 2025. Le programme Logement de cette liste plus radicale est basée entre autres sur le contrôle des prix et la réquisition des logements vacants. Pas de chiffrage ou de détails tangibles sur l'application du programme cependant. Voici leurs mesures :
- Réquisition des logements vides et des résidences secondaires à Rennes
- Plafonnement des loyers à 6 €/m² maximum, avec baisse immédiate des loyers et des charges locatives
- Grand plan de rénovation des passoires thermiques, des résidences universitaires et des logements sociaux insalubres
- Hébergement d'urgence : réquisition d'hôtels de luxe (comme le Mama Shelter) pour les transformer en centres d'hébergement pour les 3 900 sans-abri de l'agglomération
- Accueil des personnes exilées : accès immédiat et gratuit au logement, régularisation de tous les sans-papiers, fermeture du centre de rétention administrative de Rennes
Yan Mélan : Un programme encore incomplet
Le parti Équinoxe mené par Yan Mélan affiche des mesures logement concrètes sur son site de campagne avec notamment :
- Objectif « un logement pour tous » avec plusieurs leviers : densification autour des haltes ferroviaires de la métropole, conversion de bureaux en logements, requalification de zones commerciales
- 25 % de logements sociaux dans les projets neufs
- 25 % de logements neufs en Bail Réel Solidaire (BRS) pour les classes moyennes
- Rénovation énergétique : installation de pompes à chaleur pour réduire les factures et l'empreinte carbone
- Faciliter l'accès au logement pour les familles et les classes moyennes
Le programme reste partiellement en cours de publication et sera complété dans les prochains jours à l'approche du premier tour. Leur vision est celle d'une « écologie pragmatique » : densifier là où les transports existent déjà, recycler le bâti existant plutôt que de s'étendre.
Julien Masson (RN) : en attente d'un programme détaillé
Julien Masson, investi par le Rassemblement National, a confirmé sa candidature dans une interview de février 2026. Sa campagne, centrée sur la sécurité et la représentation des électeurs RN dans une ville qui leur est traditionnellement peu favorable, n'a pas encore produit de propositions détaillées sur le logement ou la politique urbaine. Il a mentionné l'idée de référendums locaux pour les projets d'urbanisme importants, notamment ceux dépassant dix millions d'euros, mais sans articuler de programme logement formalisé à ce stade.
Victor Darcissac : Le NPA révolutionnaire
Le NPA-Révolutionnaires ne publie pas de programme municipal détaillé sur le logement. Le parti assume que les élections ne sont qu'une tribune et que la question du mal-logement ne peut se résoudre à l'échelle municipale. Parmi les éléments relatifs au logement disponibles via leur plateforme nationale et les interventions de presse, il a été mentionné l'augmentation générale des salaires (de 400 € minimum) comme réponse structurelle à la crise du logement, ou encore la dénonciation de la politique d'expulsions des collectifs de sans-logement par la mairie PS de Rennes.
Sandra Chirazi : Lutte ouvrière
Lutte Ouvrière ne publie pas non plus de programme municipal spécifique sur le logement à Rennes. Le parti, fidèle à sa ligne, considère que les élections ne changent pas le système. Étant structurellement anticapitaliste, pour eux la question du logement est renvoyée à la transformation globale du système économique, pas à des mesures municipales.
La construction neuve, la réhabilitation du parc dégradé, le contrôle des meublés touristiques et la gestion du logement étudiant constituent autant de dossiers qui dépassent les seules prérogatives de la mairie, mais sur lesquels son positionnement pèse lourd. Le premier tour aura lieu le 15 mars, le second le 22 mars 2026, pour déterminer l'avenir du logement à Rennes.