Les permis de construire en hausse de 15 % en 2025
Les permis de construire repartent enfin en 2025, après deux années de recul. Le mouvement traduit un retour d’activité côté autorisations, surtout porté par le collectif. Mais le redémarrage reste fragile : la transformation en chantiers demeure limitée, la maison individuelle continue de décrocher et l’environnement réglementaire, financier et politique maintient une partie des projets en attente.
379 222 autorisations : le bilan SDES
Le SDES (Service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique) a publié un bilan faisant état de 379 222 logements autorisés sur l’année 2025, soit une hausse de 15 % par rapport à 2024. Le volume demeure toutefois inférieur de 8,8 % à la moyenne des cinq dernières années. Le ministère de la Ville et du Logement souligne par ailleurs que "l’activité du second semestre a été moins dynamique que celle du premier, après deux années défavorables".
La fin d’année a contribué au résultat annuel : 32 381 autorisations ont été délivrées en décembre 2025, soit +6,9 % sur un mois. Cette accélération de fin d’exercice, classique dans le secteur de l'immobilier neuf, n’efface pas les difficultés de transformation des dossiers en chantiers.
Côté terrain, le décalage est marqué : 274 611 logements ont été mis en chantier en 2025. Le niveau reste 21,3 % sous la moyenne quinquennale. L’écart entre autorisations et démarrages renvoie à des freins bien identifiés par les acteurs : coûts de construction, contraintes techniques, tensions sur la main-d’œuvre et prudence d’une partie des financeurs et investisseurs.
Les chiffres clés de la construction neuve en 2025
| Indicateur | Volume 2025 | Évolution vs 2024 | Écart vs moyenne 5 ans |
|---|---|---|---|
| Permis de construire (total annuel) | 379 222 | +15 % | -8,8 % |
| Mises en chantier (total annuel) | 274 611 | +8,4 % | -21,3 % |
| Permis délivrés en décembre 2025 | 32 381 | +6,9 % vs novembre | — |
| Mises en chantier en décembre 2025 | 28 527 | +14,8 % vs novembre | — |
Collectif en tête, maison individuelle à la traîne
Le logement collectif (immeubles, résidences, programmes en VEFA) concentre l’essentiel de la progression. En décembre 2025, les autorisations sur ce segment ont augmenté de 12,8 % sur un mois, à 20 757 logements. Les mises en chantier collectives ont également progressé de 15,9 % sur la même période, d’après les données reprises par Trouver-un-logement-neuf.com. Le bilan cite notamment le Val-de-Marne, la Gironde, le Nord et la Seine-Saint-Denis parmi les départements les plus contributeurs.
À l’inverse, la maison individuelle demeure sous pression. En décembre, les permis reculent de 2,1 % sur un mois. Sur l’année, le segment reste proche de -29 % par rapport à la moyenne de longue période selon l'analyse CreditNews. La maison individuelle cumule plusieurs handicaps : foncier rare et cher dans de nombreux bassins, opérations plus sensibles au coût du crédit, et surcoûts techniques associés aux exigences environnementales.
Le SDES relève aussi le rôle des résidences gérées (étudiantes, seniors, tourisme), souvent portées par des opérateurs institutionnels. Cet appui contribue aux volumes, sans répondre automatiquement au besoin de logements familiaux. La FFB insiste sur un autre point : la fin du Pinel et l'évolution du cadre LMNP pèsent sur l’investissement locatif, ce qui fragilise le débouché commercial d’une partie des programmes neufs.
PTZ élargi, taux en détente, dispositif Jeanbrun... le financement peut-il débloquer la machine ?
Plusieurs mesures ont été mobilisées pour relancer l’accès au financement et la demande. Depuis le 1er avril 2025, le PTZ est élargi : il couvre l’ensemble du territoire et inclut la maison individuelle neuve. Les quotités varient selon les revenus, jusqu’à 50 % du coût d’un appartement neuf en zone tendue et entre 10 % et 30 % pour une maison neuve. L’extension est encadrée par l’article 90 de la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) et le décret n° 2025-299 du 29 mars 2025, avec une échéance au 31 décembre 2027.
Deuxième élément, la détente relative des taux. Début 2026, les baromètres de marché font état d’une stabilisation autour de 3,40 % sur 20 ans et 3,44 % sur 25 ans, un niveau encore éloigné des standards de 2021. L’amélioration facilite certains dossiers, sans effacer la perte d’accessibilité accumulée depuis 2022.
Troisième levier, le projet de loi de finances 2026 intègre un nouveau mécanisme présenté comme successeur du Pinel : le dispositif Jeanbrun. Il repose sur un amortissement annuel déductible des revenus fonciers, avec des taux différenciés selon le niveau de loyers, et des plafonds annuels. Vincent Jeanbrun a évoqué auprès de l’AFP un objectif de 50 000 logements supplémentaires par an. La cible est clairement l’investissement locatif, avec une incertitude centrale : la capacité du dispositif à regagner la confiance d’investisseurs après plusieurs changements de cadre fiscal sur le neuf et le meublé.
« Le logement, mal-aimé de la République » : les professionnels entre colère et espoir
Lors de sa conférence de presse annuelle du 16 décembre 2025, Olivier Salleron, président de la FFB, a décrit une filière fragilisée sur l’emploi : 65 000 postes auraient disparu depuis 2022, dont 20 000 sur la seule année 2025, avec 10 000 suppressions supplémentaires envisagées en 2026 selon les projections de la fédération. La FFB évoque un scénario de reprise modérée en 2026, mais conditionné à un cadre d’investissement durable et lisible.
Du côté des promoteurs, la FPI met en avant une crise de l’offre commerciale. D’après son observatoire, les mises en vente au troisième trimestre 2025 sont passées sous 10 000 logements(source : Batiweb). Sur le même trimestre, les ventes aux investisseurs particuliers auraient reculé de 55 % en un an. Pascal Boulanger résume l’enjeu : sans investissement locatif, une partie des opérations devient difficile à équilibrer, y compris lorsque l’offre associe accession et logement social.
La visibilité politique pèse aussi. Le recours au 49.3 lors de l’examen budgétaire et les incertitudes autour de la trajectoire fiscale alimentent une prudence persistante, au moment où la filière tente de relancer ses cycles de production.
Des chantiers qui peinent à suivrent
La hausse des autorisations ne se convertit pas mécaniquement en démarrages de travaux. Trois facteurs ressortent des analyses sectorielles.
- Le foncier et le ZAN : la trajectoire “zéro artificialisation nette”, issue de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, vise la réduction de moitié du rythme de consommation des sols d’ici 2031, puis un objectif à l’horizon 2050. Les révisions de PLU et la raréfaction des gisements fonciers allongent les délais, renchérissent certaines opérations et déplacent la production vers des montages plus complexes (densification, friches, surélévation).
- Le calendrier municipal : à l’approche des élections municipales de mars 2026, plusieurs communes temporisent sur les projets sensibles. Les débats autour de la densité, de la consommation foncière et de l’acceptabilité locale peuvent ralentir l’instruction et la signature des permis.
- Les coûts et la RE2020 : les exigences environnementales applicables aux permis déposés depuis 2022 pèsent sur les budgets (conception, matériaux, solutions techniques). Dans le même temps, la filière fait face à un recul d’activité depuis 2024, à des tensions de trésorerie et à des décalages de lancement qui fragilisent l’organisation des entreprises.
La remontée des permis sur l'année 2025 marque un changement de tendance, mais elle ne suffit pas à caractériser une reprise complète. Le rythme des mises en chantier et le retour d’une demande solvable, notamment du côté de l’investissement locatif, restent déterminants pour mesurer l’ampleur du redémarrage en 2026.