École Joséphine Baker Nantes : le nouveau modèle biosourcé des écoles nantaises
À la fin des vacances d'hiver 2026, les écoliers qui fréquentaient depuis novembre 2020 des locaux modulaires provisoires boulevard Léon-Bureau ont franchi les grilles d'un bâtiment neuf signé Tracks architectes, conçu pour accueillir jusqu'à 400 enfants. Ossature bois, remplissage paille, 127 panneaux solaires en toiture : Joséphine-Baker s'inscrit dans la génération d'écoles biosourcées portées par le schéma directeur de la Ville de Nantes.
Construite entre le boulevard de l'Estuaire et le chantier du futur CHU, à deux pas des futures lignes de tramway 6 et 7 attendues pour fin 2027, elle devient le premier équipement scolaire pérenne du nouveau quartier République, livré un an avant le tramway et le nouvel hôpital.
14 classes, 400 enfants, un bâtiment en U signé Tracks architectes
14 classes, 400 enfants, une unité d'enseignement externalisée de l'Adapei, un accueil de loisirs d'une centaine de places : la nouvelle école Joséphine-Baker déploie ses 5 800 m² en U autour d'une cour végétalisée de 1 000 m² côté maternelle et d'une cour élémentaire de 1 200 m² ouverte, au nord, sur les futurs jardins de l'Estuaire. Une salle polyvalente de 185 m² et un terrain sportif extérieur sont ouverts aux associations du quartier en dehors des heures scolaires.
Le projet a été piloté par la direction éducation de la Ville de Nantes, département du B.A.T.I., avec Tracks architectes comme mandataire de maîtrise d'œuvre. L'agence, installée entre Paris et Rennes, a été fondée par deux architectes diplômés de l'ENSA Nantes, Moïse Boucherie et Jérémy Griffon. Autour d'elle, huit bureaux d'études se sont partagé la mission, dont l'agence nantaise AREA Études pour les fluides, la sécurité incendie et la démarche HQE. Le chantier a démarré au printemps 2024, la première pierre a été posée le 11 juin 2024. L'ouverture, initialement annoncée pour janvier 2026, a glissé de deux mois.
Le coût total de l'opération a lui aussi bougé entre l'annonce de pose de première pierre et la livraison. En juin 2024, Nantes Métropole évoquait 15,8 millions d'euros de coût prévisionnel. À l'ouverture, le chiffre communiqué est monté à 18 millions, dont 500 000 € de soutien de l'État. Un écart de 2,2 millions, soit 14 %, dans la fourchette courante des chantiers publics de cette ampleur livrés sur deux ans. Les travaux eux-mêmes, selon la fiche technique du bureau d'études AREA, représentent 9,26 millions d'euros HT. Le coût total d'opération communiqué par la collectivité couvre au-delà les études, la TVA, les VRD et les honoraires de maîtrise d'œuvre.
127 panneaux solaires sur le toit, label E4C2 visé (le plus haut niveau du label E+C-), raccordement au réseau de chaleur urbain : l'école Joséphine-Baker est alignée sur la réglementation environnementale RE2020 et s'inscrit dans la démarche d'autoconsommation collective engagée à l'échelle du quartier République.
Entre le boulevard de l'Estuaire et le futur CHU
Le terrain de 6 200 m² retenu pour l'école pérenne est une ancienne friche SNCF. Il borde, au nord, la longue échappée verte des jardins de l'Estuaire, 8 hectares de verdure dont l'aménagement doit relier le secteur République au quai des Antilles d'ici 2027. Au sud se dresse le chantier du futur CHU, dont l'ouverture est attendue en 2027. À l'ouest, le bloc A du nouveau quartier République a livré ses premiers immeubles entre l'été 2023 et le premier trimestre 2024.
La position de l'école n'est pas anodine. Son adresse : 2 rue Joséphine-Baker, se situe sur un ancien foncier portuaire et ferroviaire que la Samoa, société publique d'aménagement de l'Île de Nantes, a passé plus de dix ans à recycler. « Ceux qui n'ont pas mis les pieds à Nantes depuis plusieurs années auront bien du mal à reconnaître les lieux », constatait Thomas Quéro, adjoint au maire de Nantes chargé de l'urbanisme durable, lors d'une visite de chantier en juin 2023.
Entre la place de la République et le boulevard de l'Estuaire, une nouvelle rue des Marchandises a été ouverte à la circulation en février 2023. Elle permet aujourd'hui de rejoindre à pied ou à vélo le village solidaire des 5Ponts, ouvert en 2021, puis la nouvelle école. Le maillage complet du quartier passera par le boulevard Simone-Veil, prolongé entre le pont Anne-de-Bretagne et le pont des Trois-Continents, et par un second axe qui reliera le centre historique de Nantes au futur hôpital.
Ossature bois, paille, brique de terre crue
L'école Joséphine-Baker s'inscrit dans la génération d'équipements scolaires biosourcés portés par la Ville de Nantes. Sa structure porteuse associe ossature bois et remplissage paille, avec un isolant complémentaire intérieur Biofib. Le plancher et la charpente sont en bois massif. Les murs de refend intérieurs, en brique de terre crue, participent au confort thermique estival en emmagasinant la fraîcheur nocturne pour la restituer la journée.
Côté façade, la structure en bois se pare d'un habillage en brique de terre cuite et d'un bardage en douglas prégrisé, cette teinte gris argenté que prend le bois non traité exposé aux intempéries. La toiture, plantée et végétalisée, accueille 127 panneaux photovoltaïques qui alimenteront une partie des besoins électriques des habitants et usagers du quartier République, engagés dans une démarche d'autoconsommation collective.
« La structure et le bardage du bâtiment seront en bois avec une isolation en paille. Des murs en brique de terre crue, à l'intérieur de l'établissement, participeront au confort thermique estival », détaillait Emmanuelle Lecomte, cheffe de projet à la direction éducation de la Ville de Nantes, lors du lancement du chantier. Le bâtiment répond à la réglementation RE2020 et vise le niveau E4C2, le plus haut palier du label E+C- (Énergie positive et Réduction carbone). Plus de la moitié de la masse des déchets de chantier ont été valorisés, et l'école sera prochainement raccordée au réseau de chaleur urbain. Une ventilation naturelle nocturne prend en charge le rafraîchissement des salles en période estivale.
La construction en paille, encore minoritaire il y a dix ans, s'est banalisée dans la commande publique française. Le Réseau français de la construction paille recense désormais plus de 10 000 projets sur l'ensemble du territoire, des maisons individuelles aux lycées en passant par les gymnases et les casernes de pompiers. La paille mobilisée pour l'école Joséphine-Baker s'inscrit dans ce mouvement.
Un quartier République qui accueillera 4 000 habitants
L'école prend place dans un quartier qui sort de terre depuis le début des années 2020 et dont la livraison complète est attendue d'ici à 2030. Le nouveau quartier République occupe 20 hectares au sud-ouest de l'Île de Nantes, dessinés par l'équipe d'architectes-urbanistes Jacqueline Osty et Claire Schorter. Objectif à terme : 4 000 habitants, 4 000 actifs et 7 500 étudiants imbriqués dans 2 000 logements neufs, 75 000 m² de bureaux, 25 000 m² de commerces et activités en rez-de-chaussée, plus les grands équipements publics (CHU en 2027, campus santé Franceline Ribard en 2031).
Côté logement, la programmation retenue par Nantes Métropole et la Samoa fait la part belle aux produits maîtrisés : 55 % des 2 000 logements prévus relèveront du logement social ou de l'accession abordable. Le premier bloc livré, le bloc A, en donne le ton. Sur ses cinq îlots : Anna, Adam, Alix, Amir, Andy, le programme Allure (îlot Amir), à l'angle de la rue Alain-Barbe-Torte et du boulevard de l'Estuaire, cumule 29 logements en accession libre, 3 grandes colocations de 24 chambres et 26 logements sociaux dont 9 en habitat inclusif. L'îlot Adam, de son côté, accueille le programme Carré des Sens (39 logements), autour d'un parking partagé de 223 places mutualisé à l'échelle du bloc, règle d'or dans tout le quartier pour diminuer le coût de revient et rendre la rue aux habitants.
« On y trouvera tous les services essentiels à la vie quotidienne, accessibles à pied à moins de 15 minutes de chez soi : école, crèche, gymnase, commerces, parcs et jardins, connexion au reste de la ville par les nouvelles lignes de tramway », résumait Olivier Château, adjoint au quartier, lors de la visite du bloc A en juin 2023. Cette promesse d'équipement public de proximité était jusqu'ici tenue par l'école modulaire provisoire. Elle prend désormais une dimension pérenne avec la livraison de Joséphine-Baker.
Du modulaire de 2020 à l'école pérenne de 2026
L'école Joséphine-Baker n'est pas une création ex nihilo. Elle est la suite pérenne d'un établissement modulaire ouvert le 2 novembre 2020, quelques centaines de mètres plus à l'ouest, à l'angle des boulevards Léon-Bureau et de la Prairie-au-Duc. Cette école provisoire accueillait 230 élèves sur 1 989 m² dans trois classes de maternelle et cinq classes d'élémentaire, montées dans des blocs facilement démontables, transportables et remontables selon les besoins démographiques. Quatre ans plus tard, ses élèves quittent les modulaires pour un bâtiment presque trois fois plus grand, d'une capacité portée de 230 à 400 enfants.
Cette continuité illustre une mécanique plus large. Le schéma directeur des écoles de Nantes, piloté par Gwenaëlle Direur à la mission Schéma directeur des écoles de la Ville, adapte depuis plusieurs années le patrimoine scolaire à l'évolution démographique des onze quartiers nantais. Selon une projection publiée par Nantes Métropole en 2022, la commune attendait 2 000 enfants supplémentaires dans ses classes d'ici à 2024. La réponse mêle extensions d'écoles existantes (Jean-Jaurès, dont le chantier de réhabilitation a démarré au printemps 2025 pour 5 millions d'euros, ou la Mutualité à Chantenay, dont l'extension livrée entre octobre 2024 et février 2025 a porté la capacité à 19 classes), ouvertures d'équipements neufs (Joséphine-Baker en mars 2026) et modulaires provisoires déployés dans les secteurs en densification rapide.
L'ouverture de Joséphine-Baker soulage localement le maillage scolaire de proximité : les élèves qui remplissaient les écoles voisines Gustave-Roch, Aimé-Césaire, Pauline-Kergomard et Louise-Michel y trouvent un nouvel établissement dédié, avec un périmètre d'affectation propre. L'unité d'enseignement externalisée de l'Adapei, qui accueille des enfants en situation de handicap et qui était jusqu'ici hébergée à l'école Gustave-Roch, déménage dans des locaux adaptés à Joséphine-Baker.
« Cette opération permet de donner une école pérenne à ce quartier en pleine transformation », observe Gwenaëlle Direur. Le propos est factuel. L'école est la première brique d'équipement scolaire pérenne livrée dans le quartier République. Les suivantes suivront.
Après l'école, le tramway, le CHU et le campus santé
Le calendrier des prochaines livraisons conditionne directement l'attractivité résidentielle du quartier République, et donc la valeur à moyen terme de ses programmes neufs. Trois rendez-vous structurants se succèdent, de fin 2027 à 2031.
Le premier concerne les transports. Les futures lignes de tramway 6 et 7, qui franchiront le pont Anne-de-Bretagne pour traverser l'Île de Nantes d'est en ouest, sont attendues pour la fin 2027. Elles seront précédées par la ligne 8 de busway électrique, dont la Samoa annonce la mise en service en septembre 2027. Aujourd'hui, l'école Joséphine-Baker dépend de la ligne Chronobus C5, qui dessert la place de la République. Demain, elle sera à quelques minutes à pied de deux lignes de tramway à haut niveau de service.
Le deuxième rendez-vous est le futur CHU de l'Île de Nantes (baptisé Hôpital Loire Santé) dont le chantier de 230 000 m² doit ouvrir ses portes au deuxième semestre 2027. L'hôpital regroupera sur un seul site les activités actuelles de l'Hôtel-Dieu, en centre-ville, et de l'hôpital Nord Laennec, à Saint-Herblain. La proximité immédiate entre l'école et ce pôle hospitalier de niveau européen, à quelques dizaines de mètres seulement, pèsera dans les arbitrages des familles de soignants qui chercheront à s'installer dans le secteur.
Le troisième jalon est le campus santé Franceline Ribard, dont les travaux démarreront en septembre 2026 et la pose de la première pierre au printemps 2029, pour une ouverture à l'horizon 2031. Il regroupera la nouvelle faculté de santé, plusieurs écoles paramédicales et des formations sociales sur une même parcelle de 13 300 m² face au CHU, pour 6 900 étudiants à terme. Avec lui, le quartier République bascule d'un statut d'îlot résidentiel en construction à celui de pôle hospitalo-universitaire de premier plan.
Pour les familles qui envisagent d'acheter dans le neuf sur l'Île de Nantes, la séquence dessine un horizon précis. L'école Joséphine-Baker est le premier équipement scolaire pérenne livré, en mars 2026. Le busway suivra en septembre 2027, les lignes de tramway 6 et 7 et l'Hôpital Loire Santé fin 2027, le campus santé Franceline Ribard en 2031. D'ici-là, plus de 310 000 m² de surface de plancher seront sortis de terre sur les 20 hectares du nouveau quartier République, avec 1 300 nouveaux arbres plantés et 10 000 m² de panneaux solaires alimentant 20 % des besoins en électricité du quartier.
Le rendez-vous suivant, pour les parents qui souscrivent au projet éducatif : la rentrée de septembre 2026, première rentrée complète dans les nouveaux locaux.