
Début des travaux pour le pont Anne de Bretagne
Trait d'union entre le centre historique et l'île Beaulieu, le pont Anne de Bretagne doit subir une profonde mutation. Depuis son inauguration en 1975, ce pont a accompagné les évolutions de la ville, mais avec le développement des mobilités douces, la refonte du réseau de tramway et l’essor de nouveaux quartiers, son aménagement n’était plus adapté aux besoins d’une ville en pleine mutation.
D’ici 2027, l’ouvrage sera totalement repensé, passant d’une simple infrastructure routière à un véritable espace public suspendu, où se mêleront tramways, piétons, cyclistes et événements en plein air.
Retour en détails sur les grandes ambitions de ce pont emblématique de la Cité des Ducs.
Un pont devenu obsolète face aux évolutions urbaines
Avec ses 160 mètres de long et 18,5 mètres de large, le pont Anne de Bretagne assure aujourd'hui une liaison essentielle entre le centre-ville et l'île de Nantes. Mais sa conception datant de près de 50 ans ne correspond plus aux usages actuels.
Jusqu'ici, il était largement dominé par la circulation automobile, avec quatre voies de circulation et seulement des trottoirs étroits pour les piétons et les cyclistes. Or, Nantes s'est transformée :
- La place de la voiture diminue progressivement ;
- les déplacements en vélo ont explosé (+79 % entre 2015 et 2022) ;
- la ville veut renforcer son réseau de tramway pour fluidifier les mobilités ;
- l'île de Nantes connaît un fort développement résidentiel et économique, entraînant un accroissement des flux de déplacements.
Face à ces évolutions, le pont Anne de Bretagne devait être repensé en profondeur pour accompagner les mutations urbaines et offrir un cadre plus adapté aux nouveaux modes de vie.
Un chantier d'envergure lancé mars 2024
La transformation du pont a démarré en mars 2024, avec un chantier qui s'étalera sur trois ans. Dès les premières phases, une base logistique impressionnante a été installée sur le quai de la Fosse, occupant une surface équivalente à un terrain de football.
L'objectif : démolir progressivement l'ancien ouvrage et le remplacer par une infrastructure trois fois plus large, qui passera de 18,5 mètres à environ 50 mètres. Ce nouvel espace permettra d'accueillir une diversité d'usages en harmonie avec la ville de demain.
La reconfiguration du pont a également été pensée pour minimiser les nuisances et assurer une transition fluide. Pendant les travaux, la circulation automobile est maintenue, avec des aménagements temporaires pour garantir l'accès aux piétons et aux cyclistes.
Un nouvel ouvrage au service des mobilités douces
Avec cette refonte, le pont Anne de Bretagne va devenir bien plus qu'un simple axe de circulation. Il accueillera désormais :
- Les nouvelles lignes de tramway 6 et 7, qui viendront compléter le réseau nantais.
- De larges espaces pour les piétons, afin d'offrir une promenade agréable sur la Loire.
- Une voie cyclable sécurisée, adaptée à la forte augmentation des déplacements à vélo.
- Une place centrale pour des événements et des usages partagés.
Cette reconfiguration est en phase avec la volonté de Nantes de réduire la place de la voiture au cœur de la métropole. La ville poursuit ainsi son engagement en faveur des mobilités alternatives, en facilitant les déplacements en transports en commun et en améliorant l'expérience urbaine pour les habitants et les visiteurs.
« Ce pont nous invite à passer à un nouveau mode de vie en ville, plus doux et surtout plus soutenable. Il nous propose une perspective désirable de la métropole du futur, où la voiture est certes toujours là mais où elle ne domine plus l’espace public ; un espace public redonné aux habitants et aux usagers, mais aussi à la nature en ville. »
Bertrand Affilé, Vice-président de Nantes Métropole délégué aux stratégies de mobilité et des déplacements
Un espace public suspendu au-dessus de la Loire
Au-delà de son rôle fonctionnel, le futur pont Anne-de-Bretagne sera aussi un véritable lieu de vie. Inspiré des aménagements innovants comme le pont Simone-Veil à Bordeaux, le pont ne se limitera pas un simple axe de passage : il deviendra un espace public aux usages multiples.
La conception prévoit des espaces végétalisés, des bancs, des aires de détente et même des zones pouvant accueillir des événements culturels et sportifs.
Un projet en phase avec la transition énergétique
La refonte du pont Anne-de-Bretagne répond également aux engagements environnementaux forts de la Cité des Ducs. Nantes Métropole a intégré des principes de sobriété énergétique et de réduction de l'empreinte carbone dans la conception du projet.
Les matériaux utilisés seront sélectionnés pour leur durabilité, et l'optimisation des flux de circulation permettra de limiter la pollution urbaine. En donnant une place prépondérante aux modes de transport écologiques, cette transformation contribue pleinement à l'objectif de la métropole de neutralité carbone d'ici 2050.
Un défi technique de grande ampleur
Le chantier du pont Anne-de-Bretagne est l'un des plus ambitieux jamais réalisés à Nantes. Sa complexité réside dans la nécessité de remplacer intégralement l'ouvrage existant en maintenant tout de même un niveau de circulation acceptable pour les usagers.
Pour ce faire, les travaux sont réalisés en plusieurs phases successives, permettant une mise en service progressive des nouveaux aménagements. Cela minimisera l'impact sur les déplacements et à assurera une transition fluide entre l'ancien et le nouveau pont.
Le défi est d'autant plus grand que l'ouvrage doit :
- S'intégrer harmonieusement au paysage urbain, en tenant compte de l'architecture environnante. Pour cette prise en charge, Nantes a choisi de faire appel à Dietmar Feichting Architectes.
- Supporter les nouvelles lignes de tramway, nécessitant une structure renforcée, une expertise apportée par Schlaich Bergermann Partner, spécialiste de l'ingénierie des structures.
- Prendre en compte les risques liés à la Loire, avec une élévation du niveau de l'eau et des conditions climatiques parfois imprévisibles. Ce travail sera réalisé par SCE (groupe Keran), bureau d'études spécialisé dans l'environnement et l'aménagement.
- Respecter des normes environnementales strictes pour réduire son empreinte carbone en favorisant l'utilisation de matériaux écoresponsables, un axe de travail pour Les Ateliers UP+, en charge de l'intégration paysagère du projet.
Les innovations mises en place
- L'utilisation du béton bas carbone pour réduire l'empreinte écologique du chantier.
- Des revêtements anti-bruit pour minimiser les nuisances sonores en zone urbaine.
- Des éclairages LED intelligents qui s'adaptent aux flux piétons et à l'heure de la journée.
L'île de Nantes reboostée
Le nouveau pont ne sera pas seulement un outil de mobilité. Il jouera un rôle clé dans le dans le développement économique et urbain de la ville.
En facilitant l'accès à l'île de Nantes, il participera activement au dynamisme du quartier de la Création où de nombreuses entreprises, start-ups et infrastructures sont implantées. Ce secteur en pleine effervescence bénéficiera d'un meilleur maillage avec le centre-ville.
De plus, la proximité du quartier de la Prairie-au-Duc, qui abrite des logements neufs et commerces, renforcera l'attractivité de la zone et encouragera de nouveaux investissements immobiliers et commerciaux.
Avril 2025 – Septembre 2026 : naissance d'un pont nouvelle génération
Dès le mois d'avril, les travaux de construction d'un nouveau tablier entreront en phase active. La première mission consistera à installer les fondations du futur pont dans la Loire, avec l'implantation de piles massives en acier de 2,40 mètres de diamètre, profondément ancrées dans le rocher sous-marin. Ces éléments structurels assureront la solidité de l'édifice, pensé pour accueillir tramways, cyclistes et piétons dans un cadre paysager repensé.
Le point culminant de cette première phase interviendra en fin d'année 2025, avec l'arrivée du tablier métallique, construit en une seule pièce dans un atelier près de Venise. Cet imposant élément sera acheminé par voie maritime avant de remonter la Loire jusqu'à Nantes, dans une manœuvre spectaculaire qui marquera l'histoire du chantier.
Une fois en place, ce tablier servira de socle aux différentes infrastructures qui viendront s'y greffer : voieries, réseaux d'eau, d'électricité et de gaz, ainsi qu'un platelage en bois destiné à la promenade piétonne. La dernière étape de cette phase consistera en l'aménagement paysager, avec la plantation de végétation intégrée aux jardinières pour apporter une touche naturelle à l'ensemble.
L'ouverture de ce nouveau pont au public est attendue pour l'automne 2026. En parallèle, une réouverture partielle du trafic automobile en sens sud-nord est envisagée dès 2025, bien qu'aucune date précise ne soit encore arrêtée.
Septembre 2026 – fin 2027 : modernisation et adaptation du pont historique
Avec l'achèvement de la première phase, les efforts se concentreront ensuite sur la réhabilitation du pont existant. Plutôt que de raser cette structure vieille de 50 ans, la métropole a fait le choix d'une approche plus écologique et plus économe en carbone. En effet, cette conservation permettra d'éviter la destruction de 4 800 tonnes de béton, générant une économie de 6 000 tonnes équivalent CO₂ par rapport à la construction d’un pont entièrement neuf.
Pour adapter l'ouvrage aux nouveaux usages, la première opération consistera à soulever son tablier, afin de permettra un rabotage des piles existantes. Une fois abaissé sur ses nouveaux supports, le pont adoptera une pente de 2 à 4 % pour accueillir les nouvelles lignes de tramway et garantir un passage plus confortable aux personnes à mobilité réduite.
La seconde phase des travaux s'attachera aux aménagements de surface, avec la création :
- D'une double piste cyclable, pensée pour absorber la hausse constante des déplacements à vélo dans la métropole.
- D'espaces piétons végétalisés, intégrant mobilier urbain et plantations pour offrir un cadre agréable aux riverains et passants.
Enfin, une innovation majeure viendra compléter ce chantier : la construction d'une double passerelle "ciseau", reliant le quai François-Mitterrand au pont. Cette connexion facilitera l'accès au parc des Chantiers en permettant de circuler sous l'ouvrage ou de traverser vers la berge nord, pour une meilleure cohésion entre les deux rives.