CHU Nantes : 1,25 milliard d'euros pour un chantier pharaonique de 230 000 m²
Sur l'île de Nantes, depuis octobre 2020, un chantier sans précédent redéfinit les limites du possible en urbanisme hospitalier. Les terrassements ont débuté à cette date, suivis du gros œuvre lancé en mars 2022. 1,25 milliard d'euros investis. 230 000 m² mobilisés.
Treize bâtiments neufs qui s'élèveront simultanément. Un hôpital de 1 527 lits, 90 % en chambres individuelles, programmé pour accueillir ses premiers patients en 2027. C'est le CHU de Nantes, Hôpital Loire Santé, et ses défis techniques sont à la mesure de son ambition architecturale.
Aucun détail dans ce projet n'est ordinaire. Tout, jusqu'aux fondations, signe l'exception.
Les fondations : 3 000 pieux pour stabiliser l'impossible
Construire un hôpital de cette taille sur l'île de Nantes imposait d'abord une question géotechnique : le site se situe en zone à risque d'inondation. La solution : enfoncer les fondations profondément, très profondément.
Plus de 3 000 pieux traversent le sol, atteignant une profondeur moyenne de 20 mètres, certains dépassant 30 mètres. Ces structures de béton armé constituent une véritable forêt souterraine destinée à ancrer chaque bâtiment avec une stabilité que seule la géotechnique moderne peut garantir. Le chantier a mobilisé des équipes de forage spécialisées et des engins exceptionnels pour mener à bien ce travail invisible mais fondamental.
L'emprise du projet couvre 10,1 hectares. Un espace équivalent à 14 terrains de football. Sur ce territoire densifié apparaissent non seulement les 13 bâtiments de l'hôpital proprement dit, mais aussi les structures de circulation, de stockage, les zones de déchargement et les aires destinées aux ambulances.
Une équipe d'architectes belges et françaises
Le projet a été conçu par une équipe de maîtrise d'œuvre associant plusieurs cabinets. Art & Build, cabinet belge spécialisé dans les structures métalliques de très grandes dimensions, a servi d'architecte mandataire. Pargade Architectes, cabinet français, l'a secondé. Artelia a assuré l'ingénierie, tandis que le paysagiste Signes a dessiné les espaces verts.
Cette équipe initiale a livré une conception innovante. Lors de la phase d'exécution, PATRIARCHE assure la maîtrise d'œuvre, assistée par EDEIS et Builders & Partners comme co-traitants, et AIA Management pour la coordination générale du chantier.
Le tablier géant : Cimolai et le retard météorologique
Le pont Anne-de-Bretagne incarne le pari technologique du projet. Ce pont relie le centre-ville à l'île, une connexion urbaine qui résume l'ambition du CHU : ne pas s'isoler, mais s'intégrer.
Qui fabrique une telle structure ? L'entreprise italienne Cimolai, spécialisée dans les charpentes métalliques de très grandes dimensions, celle qui a édifié les portes du canal de Panama. Le tablier mesure 150 mètres de long pour 42 mètres de large. La charpente pèse 2 200 tonnes ; avec le haubanage et les structures de support, le convoi total atteint 3 100 tonnes. Quatre-vingts ouvriers ont passé six mois à le construire dans l'usine de Monfalcone, entre Venise et Trieste.
Le transport lui-même constitue un défi logistique exceptionnel. La charpente a quitté le port de Monfalcone fin octobre 2025, chargée sur une barge capable de supporter son poids. L'objectif initial était une traversée de quatre semaines, arrivée estimée fin novembre ou début décembre 2025. Mais l'hiver 2025-2026 a imposé ses conditions. Les tempêtes atlantiques et la houle ont bloqué le convoi en Espagne (Cadix, puis Almería) pendant plusieurs semaines.
À mi-janvier 2026, un nouveau navire semi-submersible, le Trustee, a pris en charge la barge. Le tablier a atteint les côtes bretonnes le 16 février 2026. Le 25 février 2026, la barge a été déchargée avec succès du navire et remorquée au port de Lorient. Mais la remontée de la Loire vers Nantes reste bloquée. Le débit du fleuve, gonflé par les pluies exceptionnelles de février, rend la manœuvre trop risquée pour un convoi de 3 100 tonnes. Selon Nantes Métropole, la barge reprendra sa route dès que les conditions fluviales le permettront, une décrue lente qui pourrait s'étendre jusqu'à fin mars 2026.
À Nantes, 80 travailleurs attendent sa réception pour commencer les opérations de déchargement et de stabilisation. Une fois le tablier positionné sur ses appuis, viendront les étapes de haubanage provisoire, puis définitif. C'est un protocole où chaque jour de retard cascade sur l'ensemble du calendrier.
L'organisation du chantier : 1 200 ouvriers et trois géants du BTP
À son pic, le chantier du CHU Nantes emploie jusqu'à 1 200 compagnons. Le site mobilise quinze grues de gros œuvre, des dizaines d'engins de chantier, et des centaines de fournisseurs de matériaux et d'équipements.
Le gros œuvre a été confié à un groupement d'entreprises de premier plan. VINCI Construction, via sa filiale Sogea Atlantique BTP, est l'acteur principal pour sept des treize bâtiments, les blocs opératoires, l'imagerie, les urgences, les soins critiques, le laboratoire et l'ensemble mère-enfants-adolescents.
NGE et sa filiale GCC interviennent sur des aspects structurels majeurs. Legendre participe également aux travaux. Ces entreprises coordonnent avec Botte Fondations (filiale VINCI) pour les travaux de pieux, et utilisent exclusivement des bétons bas carbone.
L'organisation sur site répond à des normes strictes. Une entreprise OPC (ordonnancement, pilotage, coordination) veille au respect des délais et du budget. Un comité de sécurité et de prévention spécialisé, composé de quatre personnes présentes quotidiennement, assure le suivi continu des règles de prévention.
Le gros œuvre, fondations, murs, charpente, couverture, façades, relève de responsables distincts. Le second œuvre : électricité, plomberie, chauffage, peinture, menuiserie, mobilise d'autres équipes. Cette segmentation garantit une spécialisation et une qualité d'exécution, mais elle impose aussi une synchronisation minutieuse. Un retard dans un lot entraîne une cascade de retards dans les lots suivants.
Parking souterrain et mobilités : 3 200 places au total
Le futur hôpital prévoit plus de 3 200 places de parking au total. 1 200 places sont intégrées dans un parking souterrain (dont 165 réservées aux deux-roues). 60 % de ces places souterraines sont réservées aux professionnels. Nantes Métropole prévoit, à proximité immédiate, plus de 2 000 places supplémentaires dans des parkings publics, accessibles dans un rayon de 500 mètres.
Une large place est donnée aux mobilités douces. Le site intègre 800 places de vélos sécurisées réservées aux professionnels. 20 % des places de parking sont dédiées aux véhicules électriques.
À l'horizon 2027, le site sera desservi par deux nouvelles lignes de tramway et une nouvelle ligne de busway électrique. Cette architecture de mobilité redéfinit l'accessibilité de l'hôpital : de l'automobile individuelle vers les transports collectifs et les modes actifs.
Un pas vers la construction écologique
Le projet ne s'est pas contenté de construire neuf. Il a aussi choisi de détruire intelligemment. L'ancien pont Anne-de-Bretagne a été démonté entièrement. Ses matériaux, notamment le béton armé, ont été triés, valorisés et réutilisés dans le chantier du nouvel hôpital. Selon Nantes Métropole, cette démarche a permis d'économiser environ 6 000 tonnes d'émissions de CO2, comparé à l'extraction et la fabrication de matériaux neufs.
Le nouvel hôpital intègre des mesures de haute qualité environnementale. Des panneaux photovoltaïques alimenteront une partie des besoins énergétiques. Un système de géothermie complètera le dispositif de chauffage et de refroidissement. Les toits végétalisés aideront à tempérer les bâtiments en été. L'objectif : une consommation énergétique 30 % inférieure à celle des hôpitaux standards.
C'est un détail technique, mais il signe une intention : l'urbanisme hospitalier du XXIe siècle doit aussi être durable.