Chauffage par le son à Nantes : la résidence Les Belvédères teste la thermoacoustique
À Nantes, le « chauffage par le son » quitte le laboratoire. Depuis début 2026, la résidence Les Belvédères, 56 logements sociaux du quartier Bellevue-Chantenay, abrite la première pompe à chaleur thermoacoustique jamais posée dans un immeuble collectif. Le dispositif ne réchauffe pas les radiateurs : il agit sur l'eau chaude sanitaire et son bouclage. Ce test grandeur nature du chauffage par le son à Nantes réunit la start-up Equium, Nantes Métropole Habitat et Dalkia.
Une première mondiale inaugurée le 18 juin 2026 à Bellevue-Chantenay
Le 18 juin 2026, Cédric François, fondateur et dirigeant d'Equium, Marc Patay, directeur général de Nantes Métropole Habitat (NMH), et Benoît Husson, directeur d'agence de Dalkia en région Centre-Ouest, ont officialisé le lancement de l'expérimentation dans les jardins de la résidence. Le prototype, lui, tourne déjà. La machine a été raccordée en février 2026 dans la sous-station de l'immeuble, un bâtiment livré dans les années 2010.
L'appareil capte des calories sur le retour du réseau de chaleur urbain Bellevue-Chantenay, exploité par Cléa, filiale de Dalkia, et les réinjecte dans la production d'eau chaude sanitaire des habitants. C'est ce que détaille la revue spécialisée Le Bâtiment Performant, qui décrit le rôle de chaque partenaire. L'essai doit durer un an au minimum, avec un suivi des performances tout au long de 2026.
Chauffage par le son : des ondes et de l'hélium, sans réfrigérant à changement de phase
Non, les locataires ne se chauffent pas au vacarme. La thermoacoustique désigne l'usage d'ondes sonores, dans une enceinte fermée, pour déplacer de la chaleur. Dans le cœur de la machine d'Equium, deux haut-parleurs génèrent des ondes qui compriment et détendent de l'hélium ; ce cycle transfère les calories vers le circuit d'eau chaude, plutôt que de fabriquer de l'énergie thermique à partir du son. L'onde acoustique, générée électriquement, sert de mécanisme de pompage, pas de combustible. Le procédé s'apparente à un cycle Stirling acoustique, sans compresseur mécanique ni pièce d'usure.
L'autre rupture concerne le fluide : Une pompe à chaleur (PAC) classique repose sur un fluide frigorigène, souvent pointé pour son effet de serre. Ici, l'hélium fait le travail : un gaz neutre pour le climat, ni inflammable ni explosif, sans réfrigérant à changement de phase. Selon Equium, cette architecture répond à un cas où les PAC traditionnelles peinent, l'eau chaude sanitaire collective, avec ses régimes de température élevés et ses locaux techniques confinés. Equium présente par ailleurs la machine comme silencieuse et sans vibration perceptible pour les appartements. La promesse reste à démontrer sur la durée, machine en main. C'est tout l'objet du protocole nantais, conduit avec plusieurs itérations de matériel : une deuxième génération, plus performante, est attendue en septembre 2026.
Logements concernés (résidence Les Belvédères) 56 Installation du prototype février 2026 Inauguration officielle 18 juin 2026 Durée minimale du test 1 an Deuxième machine, plus performante septembre 2026 Logements desservis par les réseaux de chaleur nantais 43 400, dont 26 000 sociaux Part d'énergies renouvelables et de récupération de ces réseaux 74 % Mise sur le marché envisagée début 2028
Pourquoi le réseau de chaleur nantais sert de terrain d'essai
La métropole exploite 7 réseaux de chaleur, qui desservent 43 400 logements, dont 26 000 logements sociaux, ainsi que des hôpitaux, des lycées ou la gare. Ces infrastructures sont approvisionnées à 74 % par des énergies renouvelables et de récupération, issues surtout de l'incinération des déchets et de la biomasse, et elles évitent 60 000 tonnes de CO₂ par an, selon Nantes Métropole. Le contraste dessine la marge de progression : le Plan climat air énergie territorial (PCAET) vise 100 % d'énergies renouvelables et de récupération à l'horizon 2050 ; les réseaux de chaleur, aujourd'hui à 74 %, constituent l'un des leviers pour y parvenir, avec une baisse de 50 % des émissions de CO₂ par habitant dès 2030.
Pour un locataire des Belvédères, l'expérimentation est conçue pour ne pas modifier le service rendu. La différence se joue en sous-sol. Auparavant, le maintien en température de la boucle d'eau chaude puisait son énergie dans le réseau primaire ; désormais, la PAC thermoacoustique en prend une partie à sa charge. Selon Equium, l'abaissement de la température de retour qui en résulte facilite aussi l'intégration d'énergies renouvelables en amont, côté chaufferie. Dalkia, de son côté, assure l'intégration hydraulique du système et garantit la continuité du service pour les habitants. Ce type de raccordement au chauffage urbain irrigue une part croissante de l'immobilier neuf dans la métropole nantaise, où les réseaux de chaleur deviennent la norme pour les programmes collectifs.
Pour NMH, l'opération prolonge une série d'essais menés dans son parc : photovoltaïque, raccordements au chauffage urbain, chaudières numériques.
« Chez NMH, nous sommes convaincus que le logement social peut être un formidable terrain d'expérimentation pour les technologies de demain. [...] C'est aussi une preuve que transition écologique et intérêt des locataires ne s'opposent pas : en produisant une chaleur plus propre, sans fluide polluant, nous agissons directement sur les coûts de l'énergie et le confort des habitants »
Marc Patay, dans le communiqué du bailleur
Le quartier concerné, à deux pas de l'ancien faubourg ouvrier de Chantenay, figure parmi les secteurs où NMH concentre ses projets pilotes.
Argent public, deeptech et calendrier : la commercialisation en ligne de mire
Fondée en 2017, Equium a été soutenue par l'ADEME (Agence de la transition écologique) au titre de France 2030, le plan national d'investissement dans les technologies de rupture, ainsi que par Bpifrance et la Région Pays de la Loire. L'entreprise indique avoir levé 16,5 millions d'euros depuis sa création. La technopole Atlanpole, qui a incubé la société, situe la technologie au niveau TRL 7, un indice de maturité qui correspond à un prototype démontré en environnement réel.
Le calendrier est posé, la prudence aussi. Atlanpole évoque une mise sur le marché à l'horizon début 2028, sous réserve des résultats du test. NMH prévient de son côté qu'un déploiement à plus grande échelle n'interviendra que « si les performances attendues sont confirmées ». Aucun rendement chiffré n'a été publié à ce stade : aucun COP mesuré du démonstrateur nantais n'a encore été communiqué. Reste une certitude : le chauffage par le son à Nantes dispose d'un an, d'un immeuble et de 56 foyers pour transformer une curiosité de laboratoire en équipement de série.