Municipales 2026 à Montpellier : les mesures des candidats pour le logement
Vingt-deux mille demandes de logement social en attente, jusqu'à 18 000 logements laissés vides, des loyers encadrés depuis 2022 mais encore contournés dans une annonce sur huit : à Montpellier, la crise du logement n'est plus un dossier parmi d'autres. Elle est devenue le baromètre du scrutin. À trois semaines du premier tour, le 15 mars 2026, onze listes s'affrontent pour la mairie de la septième ville de France. Du prêt à taux zéro municipal porté par Michaël Delafosse aux réquisitions brandies par Nathalie Oziol, les réponses dessinent des visions de ville radicalement opposées.
Michaël Delafosse : construire autrement et rassurer les propriétaires
Michaël Delafosse brigue un second mandat. Le maire socialiste, élu en 2020 avec 47,2 % des voix au second tour, a dévoilé son programme logement le 16 février 2026 lors d'une conférence de presse entouré de ses colistières Clara Gimenez et Muriel Ressiguier, ancienne députée LFI ralliée à sa liste « Demain Montpellier ». Sa doctrine : recycler la ville plutôt que l'étaler.
Le logement, c'est la dignité. Avoir un toit, c'est pouvoir élever ses enfants. Nous n'avons pas peur de construire, mais plus comme avant, où l'on urbanisait des terres agricoles.Michaël Delafosse
Les mesures phares :
- Agence municipale du logement : guichet unique pour capter les logements vacants, accompagner la rénovation énergétique et sécuriser les propriétaires. La Ville deviendrait garante contre les impayés de loyer : « Nous proposons de devenir assureur pour créer de la confiance ».
- « Pass accession montpelliérain » : prêt à taux zéro municipal de 10 000 € pour consolider l'apport personnel. Prise en charge des frais de notaire pour les 18-30 ans sous conditions de ressources.
- 4 000 logements neufs sur le mandat via le BRS, mécanisme qui dissocie le foncier du bâti pour faire baisser le prix d'achat de 20 à 40 %.
- 1 000 logements étudiants aidés (quartiers Ovalie, Mosson, Pompignane) et 400 à 500 places en résidences seniors.
- Maintien de l'encadrement des loyers, tour de vis contre les locations Airbnb (« On ne spécule pas alors que la puissance publique a investi »), extension du permis de louer (contrôle préalable du bien avant mise en location) aux quartiers rongés par l'habitat indigne.
- Politique « Logement d'abord » amplifiée : sept nouvelles pensions de famille, baux glissants. La municipalité revendique 500 personnes sorties de la rue sur le mandat écoulé.
Nathalie Oziol : réquisitions, contrôles et choc de l'offre sociale
La députée de la 2e circonscription de l'Hérault Nathalie Oziol mène la liste « Faire mieux pour Montpellier », coalition de La France insoumise, de Cause Commune (Alenka Doulain) et d'une frange dissidente des Écologistes emmenée par Julia Mignacca, qui a quitté EELV le 26 janvier 2026. Le 25 février, au pied des gravats de l'arche Mercure dans le quartier de la Mosson, la candidate a dédié une conférence de presse entière au logement, qu'elle qualifie de « première urgence sociale » .
Le programme s'articule autour de quatre piliers :
- Mobilisation des logements vacants : entre 13 000 et 18 000 selon la liste (l'INSEE en comptait 12 761 en 2020). Réquisition des biens inoccupés et doublement des places d'hébergement d'urgence.
- Renforcement de l'encadrement des loyers : contrôles systématiques, amendes contre le contournement (notamment via le co-living). « 40 % des studios en annonce dépassent le plafond autorisé », avance le colistier Antoine Bertrand. « L'impunité avec nous, c'est fini ».
- Guichet unique du droit au logement (accompagnement social, médico-social, administratif) et garantie Visale municipale (caution gratuite portée par la collectivité) pour les étudiants sans garant.
- Rénovation thermique « complète et performante » : soutien aux copropriétés dégradées et aux propriétaires modestes. La colistière Lucie Mendès rappelle que 15 % des ménages montpelliérains souffraient de précarité énergétique en 2020. Julia Mignacca y adosse un projet de régie publique « Énergie de Montpellier », dont les revenus solaires financeraient la rénovation.
Sur la gouvernance, la liste promet des « ateliers populaires du logement » et une transparence accrue sur l'attribution des logements sociaux, un sujet brûlant quand le délai moyen atteint 22 mois.
Mohed Altrad : doubler les HLM et ouvrir la porte de la propriété
Mohed Altrad, patron du groupe de BTP éponyme et 20e fortune professionnelle française (Challenges, juillet 2025), avait déjà atteint le second tour en 2020 avec 18,12 % des voix. Il se présente à nouveau pour les élections municipales 2026. Élu d'opposition, il n'a pourtant jamais siégé au conseil municipal avant de démissionner en septembre 2024. Le 15 janvier 2026, devant 500 sympathisants, il a relancé la course : « À un moment où beaucoup choisissent le confort, j'ai choisi le combat ».
Sur le logement :
- Doubler le nombre de logements sociaux produits sur le mandat, sans calendrier ni objectif annuel détaillé à ce stade.
- Accession à la propriété après 15 ans en HLM : chaque vente libérerait un logement pour un nouveau demandeur, mais le dispositif reste encadré par la loi Elan du 23 novembre 2018 et suppose l'accord du bailleur.
- Zéro augmentation des impôts locaux, maintien de la gratuité des transports en commun.
- Abandon définitif du projet CSR (combustibles solides de récupération, un procédé d'incinération de déchets non recyclables) : « La santé des Montpelliérains ne se négocie pas ».
Le candidat bénéficie de soutiens venus du centre et de la droite (le sénateur Jean-Pierre Grand, l'ex-secrétaire d'État Patricia Miralles). Reste une ombre : sa condamnation en décembre 2022 pour corruption active dans l'affaire Laporte (18 mois avec sursis, 50 000 € d'amende). Le procès en appel est programmé pour septembre 2026.
Jean-Louis Roumégas : zéro artificialisation et plan anti-sans-abrisme
Jean-Louis Roumégas, député de la 1re circonscription de l'Hérault, porte la liste du « Printemps montpelliérain » (EELV, L'Après, Assemblée des quartiers populaires). Fragilisée par les ralliements évoqués plus haut (Mignacca et Hoareau partis vers la liste Oziol) et par la suspension d'élus écologistes restés fidèles à Delafosse, la liste était créditée de 7 % d'intentions de vote (Harris Interactive). Son « Pacte de rupture » place le logement en première position. « Nous voulons une ville pensée pour ses habitants, une ville de propriétaires et non pour les investisseurs », résume sa colistière Coralie Mantion (EELV) le 12 janvier 2026.
Les mesures clés :
- 4 000 accessions sociales à la propriété sur le mandat (quadrupler le rythme actuel) : vente à prix décoté aux locataires du parc social.
- ZAN immédiat (zéro artificialisation nette) sur Montpellier, artificialisée à 80 %. Fin des extensions urbaines, reconstruction de la ville sur elle-même.
- Plan contre le sans-abrisme, inspiré du modèle finlandais « logement d'abord » (fournir un toit stable avant toute démarche de réinsertion) : 900 places d'hébergement d'urgence, 500 logements intercalaires (biens vacants confiés à des associations), 500 logements très sociaux, 5 villages d'insertion, réquisition de logements vacants.
- Coût estimé : 30 millions d'euros, dont 20 millions réclamés à l'État. Effort net pour la Ville : 9 millions par an. « C'est une question de choix politiques », assume Roumégas.
Saurel, Jamet, Gaillard et les autres : des programmes encore dans les cartons
Au-delà de ces quatre listes, au moins sept autres candidatures ne disposent pas, à la date du 26 février 2026, de programme logement structuré :
- Philippe Saurel (SE, maire 2014-2020, battu au second tour avec 34,65 %) : candidature annoncée le 7 février, socle électoral estimé à 14 % (enquête InfOccitanie, décembre 2025), mais aucune mesure logement publiée.
- France Jamet (RN-UDR, eurodéputée) : investie le 16 janvier, campagne axée sur la sécurité.
- Rémi Gaillard (SE, humoriste, 9,6 % en 2020) : candidature déclarée le 4 février, projeté à 11 % par InfOccitanie, pas de programme logement.
- Isabelle Perrein (Alerte Montpellier), Morgane Lachiver (LO), Max Muller (Révolution permanente), Thierry Tsagalos (RN dissident, sans investiture) : aucune mesure logement détaillée.
Une métropole où la pression immobilière ne retombe jamais
Si le logement pèse autant dans cette campagne, c'est que Montpellier cumule toutes les tensions d'une ville en croissance rapide qui n'a jamais trouvé la parade. Septième commune de France, la capitale héraultaise affiche l'un des soldes migratoires les plus élevés du pays, portée par ses pôles universitaires (80 000 étudiants), la recherche médicale et le numérique. Le baromètre Arthur Loyd 2025 la classait première grande métropole la plus attractive de France. Revers de la médaille : cette attractivité dope la demande sans que l'offre suive.
Le parc social représente 25 % du parc locatif communal, 16 % à l'échelle métropolitaine. Le délai moyen d'attribution d'un logement social atteint 22 mois, avec neuf demandes pour un logement disponible. Parallèlement, près de 8 % du parc reste vacant, un paradoxe que tous les candidats dénoncent, chacun avec son propre remède.
L'encadrement des loyers, instauré le 1er juillet 2022 en application de la loi Elan du 23 novembre 2018 (décret n° 2021-1144 du 2 septembre 2021), couvre cinq zones de prix. Chaque année, un arrêté préfectoral fixe un loyer de référence médian (environ 15 €/m²), un plafond majoré (+20 %) et un plancher minoré (−30 %). Selon le 5e baromètre de la Fondation pour le Logement (4 septembre 2025), Montpellier affiche le meilleur taux de conformité national : seulement 12 % de dépassements, mais 139 € mensuels de trop-perçu en moyenne quand il y en a. L'avenir du dispositif, expérimental, dépendra de sa reconduction par l'État. L'échéance est fixée à novembre 2026.
C'est dans ce paysage, attractif mais fracturé, encadré mais encore poreux, que les Montpelliérains glisseront leur bulletin. Premier tour le 15 mars, second tour le 22 mars 2026.